Les conciliateurs sociaux manquent de bras

Vendredi 21 mai 2010

« L’obstination est une tendance dangereuse »

Carrefour, Opel, ABInBev. Le nombre de conflits pour lesquels on fait appel à des médiateurs sociaux pour tenter de mettre fin aux positions inflexibles des syndicats et des directions explose. Guy Cox, directeur général du service des relations collectives de travail, dispose actuellement de dix conciliateurs. « C’est bien trop peu. Lors d’une année normale, on a entre 400 et 500 réunions de médiation, ce qu’on dépasse largement cette année. Mais je retiens mon souffle quant aux conséquences d’une attitude si obstinée ».

(Article paru dans Het Laatste Nieuws du 21 mai 2010)

Hier aussi, les conciliateurs sociaux devaient encore faire des heures supplémentaires. Car aussi bien chez Carrefour que chez Opel Anvers, les négociations sont dans l’impasse. Surtout chez les grands distributeurs français, le fossé reste profond entre les syndicats et la direction. On se chamaille encore sur la proposition de la direction de – en plus de la fermeture des magasins – faire des économies sur les salaires. « Nos propositions auraient pour conséquence qu’une caissière qui travaille 24 heures par semaine, subirait une perte de 7 euros net par mois », déclare le porte-parole Lars Vervoort.

« Grâce à ce sacrifice, on peut sauver 40 magasins et 3 300 emplois »

Honnête, à première vue. Pourtant les syndicats continuent de s’opposer fermement à ces économies. Pourquoi ? « Parce qu’à côté de cela, la direction souhaite aussi diminuer les primes de travail en soirée et le week-end, et geler les salaires pendant trois ans », disent les syndicats. Ils veulent donc organiser une nouvelle journée de grève samedi, à la grande fureur de la direction. La conciliatrice sociale Sophie du Bled a convoqué hier les deux parties pour de nouvelles négociations. La réunion n’était pas terminée lors de la mise sous presse, et on ne sait pas encore si la grève aura finalement lieu ou pas.

Avocats

Mais Carrefour n’est pas le seul conflit pour lequel la ministre du Travail Joëlle Milquet (cdH) a du faire intervenir un conciliateur social. « Le nombre de conflits sociaux a explosé à cause du nombre important de restructurations » dit Guy Cox, directeur général du service des relations collectives de travail. Ses dix conciliateurs sont débordés. « Ces gens n’en peuvent plus ». Les renforts arrivent, car cette année huit conciliateurs sociaux supplémentaires vont être recrutés, et l’année prochaine encore un.

L’augmentation du nombre des dossiers est aussi due au fait que les syndicats comme les employeurs restent de plus en plus sur leurs positions lors des négociations. Même les blocages (comme chez AB InBev) et les prises d’otage (comme chez le concessionnaire automobile bruxellois IAC) servent maintenant de monnaie d’échange. « Ces moyens d’action ne coûtent rien aux syndicats, mais entraînent une réaction chez les employeurs », dit Cox. Même si ces derniers sont aussi peu loyaux. « La dernière tendance, surtout à Bruxelles, est l’appel à des cabinets d’avocats. Ceux-ci se positionnent comme des partisans de la manière forte. Ces avocats ne sont de toute façon pas formés pour atteindre une situation de gagnant-gagnant, mais pour réaliser une situation de gagnant-perdant. Cela ne facilite évidemment pas la négociation, et rend les choses encore plus difficiles pour nous ».

Mise en péril

Le directeur général ne cache pas que cette opiniâtreté aura des effets néfastes à terme. « C’est une tendance dangereuse. On ne pourra pas éviter qu’un jour une entreprise soit obligée de fermer ses portes à cause des positions obstinées des employeurs ou des syndicats. Parfois je retiens vraiment mon souffle. Récemment, une entreprise a devait encore payer 50 ans de salaire parce que l’employeur n’avait pas voulu plier. C’est vraiment mettre en péril l’existence de son entreprise ».

Mais la plupart des consultations aboutissent encore quand même à des compromis, nuance Guy Cox. « Même si cela nous coûte aujourd’hui beaucoup plus d’efforts et d’investissement qu’auparavant ».

Frank Dereymaeker

Les commentaires sont fermés.