La crise durera encore un an

Jeudi 20 mai 2010

Les conséquences de la crise se feront certainement encore sentir jusqu’à l’année prochaine sur le marché du travail belge. En 2011, le niveau de chômage atteindra un pic de 13,9%. C’est ce qu’a calculé le Bureau du plan. Le nouveau gouvernement doit donc d’urgence créer de nouveaux emplois. 

(article paru dans Het Laatste Nieuws du 20 mai)

Si on ne regarde que les chiffres, la récession a quitté notre pays depuis belle lurette. Le Bureau du plan s’attend à une croissance comprise entre 1,4% et 1,7% pour l’année prochaine. Mais sur le marché du travail, qui est traditionnellement à la traîne, le pire n’est pas encore passé. Cette année, 32 800 emplois devraient encore être détruits. Mais le niveau de chômage – le rapport entre le nombre de personnes à la recherche d’un emploi et le nombre d’emplois – n’atteindra son plus haut niveau (13,9%) que l’année prochaine, d’après le Bureau du plan.

Même lors des années suivantes, le chômage baissera à peine,  »car pendant la crise, peu d’emplois ont été supprimés, ce qui signifie que les employeurs ne sont pas pressés d’embaucher des gens« , déclare l’économiste de Petercam, Bart Van Craeynest. Il affirme que le nouveau gouvernement devra faire face à un défi gigantesque.  »Car il devra créer des emplois tout en maîtrisant les déficits. De plus, les coûts liés au vieillissement vont augmenter d’année en année« .

Pour atteindre l’équilibre budgétaire en 2015, le gouvernement devra réaliser au total 41,9 milliards d’économies. Ou 4000 euros par Belge, en cinq ans.

4000 euros par Belge en cinq ans

La Belgique est face au plus grand plan d’austérité de son histoire. Pour réduire le déficit budgétaire afin qu’il atteigne la norme européenne de 3%, le nouveau gouvernement fédéral devra économiser près de 9 milliards d’euros dans les deux prochaines années. Jusqu’en 2015, il faudra même trouver 42 milliards d’euros. Ou 4000 euros par Belge.

Au niveau purement économique, notre pays s’en sort assez bien. La croissance économique devrait atteindre 1,4% cette année, et pour l’année prochaine, le Bureau du plan prévoit une croissance de 1,7%. A partir de 2012, une croissance de 2% ou plus est même envisageable.  »Ce sont des chiffres assez optimistes » admet l’économiste Bart Van Craeynest (Petercam). L’inflation resterait peu élevée, et à partir de 2011 de nouveaux emplois (7400) seraient créés. Même si ce sera insuffisant pour donner un emploi à tous les nouveaux venus sur le marché du travail. « C’est pourquoi le niveau de chômage devrait atteindre un pic de 13,9% l’année prochaine« , selon Henri Bogaert, président du Bureau du plan.

Exercice

Les déficits budgétaires représentent un problème bien plus important. Si la politique ne change pas, le déficit atteindra cette année 16,9 milliards d’euros. Pour satisfaire aux exigences budgétaires européennes, le nouveau gouvernement devra entreprendre des réformes drastiques. Car en 2015 le budget de l’Etat devra avoir retrouvé l’équilibre. C’est pourquoi il faudra trouver 41,9 milliards d’euros d’économies dans les cinq prochaines années.  »En milliards, c’est le plan d’austérité le plus important qu’on ait jamais connu » admet Van Craeynest.  »Pas en pourcentage, car en 1981 nous avions un déficit de 16,1%. Nous l’avons ramené à 0% en une petite vingtaine d’années, en 2000« . Mais ce genre d’exercice n’est plus possible aujourd’hui.  »Ces économies ont été réalisées sur vingt ans dans un contexte beaucoup plus favorable » d’après l’économiste de Petercam.  »Nous avions alors des taux d’intérêt élevés, et pouvions alors grâce aux baisses successives limiter les intérêts débiteurs. Ce n’est plus possible aujourd’hui. À cela s’ajoute que le reste du monde va devoir fournir le même genre d’efforts. Et que le vieillissement de la population va se traduire par une hausse des coûts« .

D’après Van Craeynest, les réformes structurelles sont indispensables.  »Surtout au niveau des dépenses. Car la hausse des impôts n’est pas une solution. Voilà le défi qui attend le gouvernement : créer des emplois, tout en réduisant la dette, et cela à un moment où les coûts liés au vieillissement augmentent d’année en année« .

Frank Dereymaeker

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