« Votez pour ceux qui osent le compromis », Luc Cortebeeck, président de la CSC-ACV

Mercredi 12 mai 2010

(publié dans De Standaard, 12 mai)

BRUXELLES – Crise politique, crise économique, crise financière ; difficile cette année pour le mouvement ouvrier chrétien de célébrer la date anniversaire de l’encyclique papale Rerum Novarum. Avec quel message les poids lourds de l’ACW vont-ils séduire leur base ?

De notre rédacteur en chef

Le syndicaliste Luc Cortebeeck intervient ce soir au festival de Rerum Novarum à Gand. Le président de la CSC-ACV a longuement réfléchi au contenu de son discours.

« Il n’y a pas de message facile. Et beaucoup de gens se posent des questions existentielles. Je viens de recevoir une délégation de jeunes de la CSC-ACV Kempen, qui ont ouvertement exprimé leur désespoir face à la crise politique. Ils m’ont demandé sans rougir une consigne de vote, car eux-mêmes ne savent plus quel homme politique sera le plus à-même de nous sortir de la crise. Cela ne m’est pas arrivé souvent. Mais cela témoigne du climat d’insécurité. Quel est l’avenir de ce pays ? Même le week-end dernier, au festival Mano Mundo à Boom, on m’a interrogé à ce sujet ».

Quelles consignes de vote avez-vous données aux jeunes de la CSC-ACV?

(Rires) « Je leur ai dit que le temps où nous, les dirigeants de la CSC-ACV ou ACW appelions à voter pour un parti était révolu depuis longtemps. En revanche je tiens à combattre les appels à ne pas voter. Attention, je comprends très bien les réactions de déception ou d’indignation face à la réponse du gouvernement concernant le BHV. Mais ne pas voter le 13 juin n’est pas une réponse. Je demande donc instamment à chacun de choisir un parti qui souhaite assumer ses responsabilités. Et dans ce pays, cela signifie (oser) accepter des compromis. Que ce soient les CD & V ou les verts ou le SP.A. À la limite, Open VLD, même si ce parti ne partage pas nos convictions sociales ».

Vous ne craignez pas que le vote extrémiste l’emporte ?

« Si. C’est précisément pourquoi nous devons le combattre. N’oubliez pas que la fragmentation du paysage politique est encouragée par les électeurs. Toutes ces voix pour l’un des partis protestataires flamands, les grandes gueules qui ne siègent pas au gouvernement (et ne le souhaitent pas). Si nous sommes en colère contre les hommes politiques, nous pouvons aussi être un peu en colère contre nous-mêmes, les électeurs ».

Quel est votre message au monde politique en échec ?

« Nous vivons des moments très difficiles. Avec une deuxième grave crise financière en autant d’années, avec la restructuration des entreprises et la hausse du chômage. Alors que le monde tremble en Haïti et un volcan qui cloue les avions au sol dans toute l’Europe pendant plusieurs jours . Et c’est dans ce contexte que notre gouvernement se plante sur Bruxelles-Hal-Vilvorde BHV. Je ne voudrais pas reléguer cet incident au rang de simple fait divers, mais ce problème aurait du être résolu depuis longtemps. Maintenant, il nous paralyse à un très mauvais moment ».

La politique a échoué?

« Les partis politiques n’ont pas pris leurs responsabilités, en effet. Le MR continue de courir après Maingain, les autres francophones courent après le MR, sans réaliser l’effet négatif que cela peut avoir du côté flamand, ni quel risque électoral cela engendre… Et Open VLD en a opportunément rajouté une louche. Ce fut un coup de poignard dans le dos de leur propre électorat : l’économie et les entreprises ».

Les syndicats et les employeurs ont demandé en vain aux hommes politiques de ne pas causer de crise gouvernementale. On ne vous écoute plus ?

(Soupir) « C’est vrai. Malheureusement. Je continue cependant d’essayer de pousser les décideurs et les gens ordinaires à réfléchir, notamment sur notre indignation sélective. Tout le monde crache sur les hommes politiques belges aujourd’hui, mais dans l’ensemble, la crise économique n’a pas été si mal gérée par le gouvernement. Notre sécurité sociale et les mesures anti-crise ont fonctionné. Nous sommes numéro un mondial pour le ralentissement de la hausse du chômage. On peut souligner cela aussi ».

« Mais j’entends beaucoup moins de critiques envers les escrocs financiers qui ont attaqué la zone euro. Envers les banquiers et les spéculateurs qui n’aspirent qu’à des gains rapides au détriment de tout et de tout le monde. Après la crise bancaire, beaucoup de promesses solennelles ont été faites assainir le système financier. Mais les mêmes agences de notation et les même groupes de pression issus de la City de Londres et de Wall Street sont toujours aux commandes ».

Il faudra faire beaucoup d’économies dans les années à venir, y compris sur les dépenses sociales. Qu’en pensez-vous ?

« On ne peut pas attendre beaucoup du budget, en effet. Mais atteindre un équilibre budgétaire, ce n’est pas vite vite abolir la retraite anticipée, relever l’âge de la retraite, harceler les chômeurs et rendre les licenciements plus rapides et moins coûteux. Ce n’est évidemment pas la bonne voie. Nous devons tout miser sur la protection et le développement de l’emploi, le renforcement de la confiance des consommateurs, la lutte contre les inégalités sociales,… »

Qui va payer pour tout cela?

« Nous pourrions commencer par une perception correcte des impôts. De tous les impôts. Mettre les charges les plus lourdes sur les épaules les plus solides. C’est pourquoi il faut en finir avec les politiques financières laxistes de Reynders, qui font que le fisc ne peut actuellement lutter contre les fraudeurs ».

Pas mal de partis flamands souhaitent après les élections d’abord négocier six mois autour du BHV.  Qu’en pensez-vous?

(Véhément) « Je ne comprends vraiment pas comment on pourrait reporter tous les dossiers  importants pendant six mois pour des palabres communautaires. Comme si l’économie ne continuait pas de tourner. Non, il faut trouver un moyen pour négocier autour du BHV et de la refonte de l’État, et le nouveau gouvernement doit vite se mettre au travail. Espérons que l’élection se fasse sur les enjeux réels. Sur la protection sociale et la croissance économique durable. Ces choses sont cent fois plus importantes que la place de n’importe quel pantin sur n’importe quelle liste ».

Article en version originale : http://www.standaard.be/artikel/detail.aspx?artikelid=882Q4S5E

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