«D’accord, je vais voter. MAIS PAS POUR VOUS »

Mardi 1 juin 2010

Une électrice réticente convaincue après une visite à domicile de De Croo.

(Article paru dans Het Laatste Nieuws du 31 mai 2010)

Un beignet à l’abricot sous le bras, Alexander De Croo s’est présenté chez une électrice réticente. Sa mission : convaincre Ann Flecyn (37 ans) de Zwijndrecht d’aller voter quand même. Dans son salon, entre les courses poursuites de Tom et Jerry, le jeune De Croo a tenté pendant trois quarts d’heure d’expliquer que la politique n’était pas qu’un vaste bazar. Ça, plus le beignet à l’abricot, a été efficace. « D’accord, d’accord, j’irai voter… Mais pas pour l’Open Vld ».

« Bonjour, Ann Flecyn de Zwijndrecht. Vous voulez bien aller voter quand même le 13 juin ? » Ces derniers jours, à travers des publicités journal d’une page entière, De Croo s’est adressé directement à la conceptrice web et mère de quatre adolescents. Ann est l’une des 6500 Belges à avoir signé le site web protestataire ikstemniet.be (« jenevotepas.be » ndt). De Croo y a pris une désobéissante civile au hasard pour lui faire changer d’avis. Ou du moins essayer. L’habitante de Zwijndrecht était très nerveuse pour son débat privé, « parce que je m’y connais si peu en politique ». Les enfants Ian (17 ans), Ilias (14 ans), Matthias (12 ans) et Famke (9 ans) s’étaient réfugiés dans leur chambre avec leur Rottweiler. Depuis son fauteuil, Ann donnait le ton. « La politique s’occupe davantage de former un gouvernement que de gouverner ». « Vous vous réunissez, mais vous agissez très peu ». « Je suis déçue ».

Vider son sac

Le président libéral a pris des pincettes : « Je suis aussi déçu que vous. J’aurais pu signer cette pétition moi-même. Rien n’a bougé dans ce dossier BHV, je me révolte aussi contre les choses qui n’avancent pas. Mais vous en tant qu’électrice, vous avez le pouvoir de voter pour le changement. Ne pas voter ou voter blanc ne change quasiment rien en termes de message. À la télé, pendant les émissions électorales, personne ne voit ces statistiques-là, vous savez ».

Le mari, Eric Pauwels, responsable du café, fit une mimique du genre oui – celui-là, quand sa femme sortit son argument coup de poing. « Qui me garantit qu’il n’y aura pas encore des élections l’an prochain ? » De Croo a semblé déstabilisé un temps, et puis : « Non, Ann, le message du public aux politiques est vraiment passé maintenant. La protestation a été entendue. Les quatre prochaines années seront sans élections, sauf pour les élections communales prévues ».

Quand on lui demande ses exemples politiques, l’hôtesse a du réfléchir quelques secondes. Jusqu’à ce qu’elle pense à Obama. De Croo approuva : « Il a réussi à ramener aux urnes des gens qui ne votaient plus depuis des années. En effet, les élections ne sont pas obligatoires au États-Unis ». Cela a touché la corde sensible chez Ann. « D’accord, je vais voter. Je ne veux d’ailleurs pas risquer une amende de 250 euros ».

De Croo pouvait partir l’esprit tranquille, sans pour autant avoir gagné une voix supplémentaire. En fait, il venait d’en offrir une aux socialistes. Ann : « Même si je suis indépendante, j’ai été élevée dans un milieu de travailleurs de docks, d’où ma préférence socialiste. De Croo parle bien, mais je n’ai pas trouvé que c’était une anguille. J’ai remarqué son malaise dans mon fauteuil, et j’ai trouvé ça authentique et euh… charmant. Mais pour moi, il est du mauvais parti. S’il y en avait dix comme lui dans l’Open VLD, alors là, peut-être ».

L’ironie du fait qu’elle fasse maintenant elle-même pleinement partie d’une campagne électorale, ne la dérange pas. « J’ai pu vider mon sac ». Après une petite discussion autour des enfants pour clore le rendez-vous, De Croo lança en partant : « Et si vous avez encore un problème de ce genre, appelez-nous, hein. Vous avez mon numéro de portable ». Elle n’en fera rien, dit Ann une fois la porte fermée. « Bien qu’il soit le bienvenu pour venir faire un barbecue un de ces jours ».

Katrien De Meyer

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