Une Belgique plus asymétrique que jamais

Lundi 14 juin 2010

Après le scrutin fédéral anticipé de ce 13 juin, les futures négociations gouvernementales s’annoncent des plus compliquées dans une Belgique où le paysage politique n’a jamais été aussi nettement asymétrique. Les séparatistes de la N-VA sont devenus, avec panache, la principale force au nord du pays. Les socialistes ont, eux, triomphé, au sud. Le centre de gravité est clairement à la droite séparatiste en Flandre et tout aussi clairement au centre-gauche en Wallonie. Malgré les déclarations apaisantes de Bart De Wever, les francophones restent méfiants. Cependant, force est de constater que la N-VA est devenue incontournable.

La N-VA écrase la concurrence au nord

La N-VA a bien remporté la victoire que lui annonçaient les sondages. Avec près de 30% des voix flamandes, le parti séparatiste et son président Bart De Wever sont les vainqueurs incontestables de ce scrutin. Une victoire qui résonne comme un véritable séisme politique et bouleverse les rapports de force dans le paysage flamand.

Un succès qui s’accompagne en outre d’une lourde défaite de pratiquement tous les autres partis : l’Open Vld a payé chèrement la mise à exécution de son ultimatum, le CD&V est en net recul – « l’usure du pouvoir » comme l’évoquait Yves Leterme ?-, le Vlaams Belang se tasse, la liste Dedecker disparaît presque du décor. Seul le sp.a et Groen! se maintiennent.

Avec le siège que conserve toutefois la LDD et les 12 dévolus au Vlaams Belang, les séparatistes détiennent désormais 40 des 88 sièges flamands à la Chambre. Parmi eux, seule la N-VA sort renforcée comme on vient de le voir. La formation de Bart De Wever est donc incontournable mais est-elle disposée à gouverner un pays auquel elle ne croit plus ? La main tendue aux francophones au soir de cette victoire éclatante se matérialisera-t-elle dans les faits ? Réponse dans les prochaines semaines. Si tout va bien…

Le PS triomphe en Wallonie

Le PS a, lui aussi, vécu une soirée électorale triomphale. Le parti emmené par Elio Di Rupo a non seulement vu ses scores augmenter de manière substantielle dans tout le sud du pays mais a surtout dû se délecter de la fracassante déconfiture enregistrée par le MR, grand perdant de ce scrutin. Ainsi, pendant que les socialistes caracolent en tête des formations francophones avec 26 sièges (6 de plus qu’en 2007), les libéraux perdent 5 députés et ne comptent plus que 18 sièges. Le cdH se tasse légèrement et perd un siège (il lui en reste 9) tandis qu’Ecolo se maintient à 8 sièges.

Une option pour une majorité des deux tiers: l’Olivier appuyé par la N-VA

Cette redistribution des cartes permet un constat : une majorité des deux tiers est possible arithmétiquement. Il faudrait pour cela former une coalition symétrique de type « Olivier » (socialiste/humaniste-chrétien/écologiste) appuyée sur la N-VA. Soit une alliance PS-sp.a/cdH-CD&V/Ecolo-Groen! avec la N-VA en appoint, ce qui offrirait une majorité de plus de 100 sièges sur 150 à la Chambre, indispensable pour une réforme de l’Etat (laquelle passe par une modification constitutionnelle qui ne peut se faire qu’à la majorité des deux tiers à la Chambre).

Mais la possibilité mathématique d’une telle alliance ne présage évidemment en rien de sa faisabilité politique.

Et puis, au-delà de la question de la coalition, se pose celle du chef de file de celle-ci. Elio Di Rupo peut-il prétendre s’installer au 16 rue de la Loi ? Certes, il est le leader de la principale formation au sein de la plus grande famille politique du pays (les socialistes comptent 39 sièges, dont 26 pour le PS). Mais son (faible) niveau de néerlandais et les concessions qui risquent d’être exigées au nord du pays pourraient être des obstacles infranchissables. Pour rappel, le dernier chef de gouvernement francophone était Edmond Leburton… en 1973.

Fort de plus d’un score historique, Bart De Wever a-t-il envie d’assumer ce rôle qui l’obligera inévitablement à revenir sur certaines de ses promesses ?

Des personnalités qui ont marqué ce scrutin

Comment ne pas évoquer Bart De Wever ? Le flamboyant vainqueur de cette élection. Avec plus de 760 000 voix de préférence, le président de la N-VA a fait de son parti la première formation politique du pays. Une performance incroyable qui induit un bouleversement sans précédent dans la cartographie politique flamande.

C’est un grand classique mais Michel Daerden a encore réussi à faire parler de lui, dans les urnes et sur les ondes. Dans les urnes d’abord, parce que malgré sa dernière place sur la liste PS, il reste le champion liégeois des voix de préférence avec 72 194 suffrages récoltés. Il devance (de loin) Didier Reynders et comprend donc que « Didier soit triste ce soir« . Sur nos ondes ensuite, où il n’hésite pas à narguer Alain Mathot, tête de liste et qui réalise un score bien moindre: « Alain a voulu jouer et ce soir il a perdu« , constate-t-il de son verbe chaloupé. Qu’on l’apprécie ou pas, on ne peut en tout cas pas l’ignorer.

L’un des grands perdants de la soirée a pour nom Didier Reynders. Le président du MR, vice-Premier et ministre des Finances a reconnu a plusieurs reprises sa défaite et surtout salué la victoire du PS. Beau joueur, Didier Reynders. La question à 2 euros sera maintenant de voir si cette lourde contre-performance n’a pas affaibli un président de parti déjà remis en cause au point de le pousser à faire un pas de côté.

Mischaël Modrikamen. co-fondateur du PP, l’ex-avocat des petits actionnaires de Fortis, a réussi (en partie) son pari. Sa formation populiste remporte un siège à la Chambre, en Brabant wallon. Cependant, il n’intègre pas, lui-même, l’hémicycle. C’est le mécanisme parfois très mystérieux de l’apparentement qui en a décidé autrement.

Pour obtenir un siège, il faut un certain nombre de voix. Un seuil que ni le cdH ni le Parti Populaire n’ont atteint en Brabant wallon. Alors pour atteindre ce quota requis, les listes peuvent aller pêcher des voix excédentaires dans une circonscription voisine. C’est ce qu’on appelle l’apparentement. Ici, le cdH et le PP du Brabant wallon sont allés prendre des votes de la circonscription voisine, Bruxelles-Hal-Vilvorde, qui n’ont pas été utiles pour décrocher un siège dans la circonscription d’origine.

A ce jeu-là, c’est le parti populaire qui tire les marrons du feu. Il n’a décroché aucun siège à Bruxelles, donc la liste du Brabant wallon a pu additionner ses voix à la totalité de celle de BHV. C’est ainsi que le PP dépasse le cdH en nombre de voix alors que sur l’arrondissement lui-même, le PP réalise 7% de moins que le cdH.  Et c’est Laurent Louis, la tête de liste en Brabant wallon qui décroche le siège de député. Il 30 ans et est un ancien jeune MR de Nivelles. Laurent Louis est l’unique élu du Parti Populaire pour l’ensemble du pays.

Julien Vlassenbroek

82 commentaires sur “Une Belgique plus asymétrique que jamais”

  1. Lavigne dit :

    En 1930 En Allemagne il y avait le nationnal socialisme
    En 2010 EnBelgique nous avons le nationnal (NVA) et le socialisme, cherchez l’erreur

    • thn@rtbf.be dit :

      Peut-être un peu excessif, vous ne trouvez pas?

    • Mélusine dit :

      J’y ai pensé aussi. Peut-être qu’au pied du mur, la Belgique va peut-être enfin de trouver une solution créative. Il est temps que les flamands extrémistes comprennent que leurs revendications sont absurdes. Vouloir créer une frontière linguistique est ridicule.
      Un belge sait très bien au fond de lui que ce n’est pas sa langue qui fait son identité. Même si l’on parle le français on se sent au fond de soi autant flamand que francophone. Parce que presque tout enfant belge a bu un jour la tasse dans la mer du Nord ou respiré l’a

      • Mélusine dit :

        l’air des campagnes wallonnes.
        Etant née sur la « frontière » linguistique une jambe en Flandre, l’autre en wallonie, j’ai très vite compris que ma vraie pa

    • cricri dit :

      En 1930 il y avait Rommel le renard du désert en 2010 il y a Bart le renard du dessert (à la vue de son tour de taille)

  2. Henry dit :

    Parler le néerlandais, est-ce vraiment le problème?
    Apprendre à mieux se connaitre, est-ce vraiment aussi le problème? Un provençal connait-il bien un breton?
    Réformer l’état qui ne fonctionne pas? N’est-ce pas le but rechercher depuis 20, 30, 40 ans. Faut-il se rappeler combien de premiers ministres furent des flamands? Faut-il se rappeler tous les postes occupés par les flamands? Et l’état qu’ils ont voulu créer ne fonctionnerait pas?
    Non, les Flamands veulent être seuls. Ils chantèrent Walen buiten. Aujourd’hui, ils chantent « les griffes » et « les crocs ».
    Tapez http://www.tourismebelgique.be, vous serez diriger immédiatement vers flandersvisit; tapez http://www.tourismebelgique.com vous serez sur un site flamand où il n’existe aucune ville wallone. Pourtant le mot Belgique est bien utilisé. Le site de la banque Argenta, banque flamande, à Namur est en flamand avec la photographie du personnel wallon.
    Il est un commentaire que l’on ne fait pas: on lance à tout va le score de la NV-A comme étant un tremblement de terre, 27 sièges au Parlement. OK cela pose question. Mais le PS fait un score analogue: 26 sièges.

  3. V.D.V. dit :

    Ce qui ne change pas.

    En Belgique, les présidents des partis politiques ont le dernier mot pour former des majorités qui gouvernent (en faisant entrer dans une majorité des partis qui pourraient se trouver dans l’opposition et inversement).

    Réunions discrètes, secrètes entre présidents des partis pendant des jours, des semaines, des mois après des élections dont personne ne peut dire quel sera la composition du gouvernement ensuite…

    « Bazar politico-institutionnel »

    Particratie…

  4. mélusine dit :

    Avec un peu d’humour. Et si la droite allait habiter en Flandre et la gauche en Wallonie. Les choses seront très claires… Alors que l’équilibre est dans la complémentarité. Bonney qui voit la Belgique comme une piste de course oublie de regarder le paysage, alors que le wallons c’est vrai n’aime pas beaucoup transpirer, ce qui ne l’empêche pas de réfléchir et de donner de idées qui pourrait inspirer un flamand plus prompt à mettre ses idées en pratique.

    • Bonney dit :

      Je regarde autour de moi et je vois au finish L’Europe… »putain putain on est quand-meme tous des Européens » comme disait Arno… J’aime bien mon pays plat et surréaliste, ca nous donne une charme MAIS je regarde a la fin aussi dans ma poche et la poche des autres et si la structure Belgique coute trop, il faut la reformer. Je pense quand-meme pas que c’est quelque chose d’agressive que je suis en train de dire, ni xenophobe, ni nationaliste dans le sens négative du nationalisme du 19e et 20e siecle…

      • Mélusine dit :

        Ah, je vois un élément qui nous rapproche: ARNO.
        Ce sont les politiciens qui sont obsédés par le pouvois qui nous manipulent avec des discours économiques. Promenez-vous en Flandre et dans certains endroits de Bruxelles et de Wallonie. Cela dégouline de richesses matérielles. Huitième puissance économique dans le monde. Pas de quoi s’en faire. Sauf qu’aujourd’hui puisque vous faites référence au langage chrétien. Des enfants en BElgique ne sont plus soigné correctement. Si je devais faire de la politique et heureusement, je n’en ferai jamais car c’est un vrai panier de crabe, je tenterais de faire un programme de régulation des naissance et de formation des parents. Car là est le vrai problème. Les enfant d’aujourd’hui sont ceux de demain.

        • Bonney dit :

          Ecoute je suis toujours ouvert pour une bonne discussion, mais contre le cynisme je n’ai pas d’armes sauf de vous dire que je vois les choses plus positive et constructive parce que je le veut.

  5. pol dit :

    paradoxe de l’histoire…
    en 1830 deux familles politiques et philosophiques (liberaux et catholiques) ont créé notre etat.
    juin 2010 deux familles politiques ( les plus detractrices voir refractaires ) sont ou seront sans doute a son chevet …ou a sa potence…

  6. cricri dit :

    Chers vous tous, avant de parler de problèmes communautaires parlons des réels problèmes liés à notre système politique.
    1/ depuis que la politique est devenue un business très lucratif par rapport à il y a 50 ans, il faut constater qu’elle attire des individus de tous genres et de toutes compétences.Et cela en nombres de plus en plus grands. Donc, il fallait trouver un truc pour les caser (copains ou non)
    2/ Le système mis au point fût un système fédéral avec 5 gouvernements et des régions au-dessus des provinces et des communes. Et oups 75.000 (au min.) fonctionnaires en plus.
    3/ Non content de cela voilà l’europe avec son appareil à faire pâlir Nikita K. Puis son système de pension que même Rockfeller n’a pas.
    4/ la conséquence : les politiciens et les partis prolifèrent comme des lapins et le pays devient ingérable et la note impayable.

  7. Sisi dit :

    Bonjour,
    Moi je suis origninaire du borinage, j’ai connu il y a 5 ans mon époux qui habitait en flandre, fils d’une mère néerlandophone et d’un père francophone.
    Mon époux travaille en flandre, parle le néerlandais, fais plus de 120 km par jour pour se rendre à son travail, il faut dire qu’il était déjà dans l’entreprise avant de venir s’installer dans le borinage et de se marier avec moi, mais il aime son travail, malgrè les petites pics de ses collègues flamingants envers la walonnie mais bon, il aime son job.
    Je ne suis pas contre d’apprendre le néerlandais, d’ailleurs j’ai une connaissance de base de cette langue que je veux approfondir, car quand je dois sonner à l’usine de mon époux c’est en néerlandais que l’on me répond et même si j’ai un accent francophone dans mon néerlandais parlé je fais des efforts pour me faire comprendre. Hélàs dans les régions flamandes, parler le néerlandais est parfois compliqué car chaque région son dialecte et finalement, on ne comprend plus rien car tout est déformé et difficile de comprendre une phrase.
    Alors dire que les francophones ne veulent pas faire d’effort pour parler le néerlandais, ce n’est pas correcte, on aura beau apprendre le bon néerlandais si dans chaque région néerlandophone un dialecte existe et que cela n’a plus de sens par rapport à la langue initiale que nous avons apprise.
    Le belge en verra encore des vertes et des pas mûres dans les prochaines semaines, voir les prochains mois, mais il faut espérer que nous ne sommes pas retournés aux urnes pour gaspiller du
    papier, notre temps et surtout l’argent du contribuable.

    • CHARLES MINCKLE dit :

      Bonsoir,
      Suis flamand et habite depuis 20 ans en France.
      La France m’a adopté et j’ai obtenu la nationalité de Sarkozy.
      Je comprends parfaitement votre message car ça fait 20 ans que je me bats avec la langue française. Maintenant au bout de 20 ans je peux dire que je suis bilingue. Votre langue est très difficile.
      En ce qui concerne les piques que les collègues vous envoient, je peux vous rassurer qu’en tant que belge en France on reçoit des piques durant toute la journée. « des histoires belges » (ça dépend avec qui on a affaire, je travaille dans l’hôtellerie à la Côte d’Azur et il y a ici bp d’étranger, donc ils on l’esprit large)
      Donc pour conclure je trouve que si tout le monde met de l’eau dans son vin pour accepter la différence de l’autre tout ira mieux.
      Allez vive la Belgique et vive la France
      Charles