La N-VA toujours diabolisée par les francophones

Mercredi 9 juin 2010

BRUXELLES – Le débat entre Bart De Wever (N-VA) et Louis Michel (MR) illustre bien à quel point la situation politique risquera d’être difficile après les élections. 

(Article paru dans De Standaard du mercredi 09 juin 2010)

Steven Samyn

A quoi ressemblera la Rue de la Loi après le 14 juin ? Ceux qui ont assisté au débat organisé par Le Soir et De Standaard lundi soir à l’Ancienne Belgique ont pu en avoir un avant-goût. 

Certes, à l’approche des élections, les hommes politiques ont tendance à montrer les dents et durcir un peu leurs positions. Mais le duel entre le président de la N-VA Bart De Wever et l’ancien président MR Louis Michel a dépassé l’animosité normale entre opposants politiques. Que le fossé entre les nationalistes flamands et les libéraux francophones est profond, on le savait. Mais il était néanmoins déconcertant de voir avec quelle virulence les deux hommes politiques s’agressaient verbalement.

Cette agression verbale eut aussi une incidence sur le public. Lors du premier duel, entre Yves Leterme (CD&V) et Elio Di Rupo (PS), le public était assez calme. Il y eut quelques rires, ou de temps en temps quelques applaudissements polis. Les deux hommes étaient d’ailleurs remarquablement aimables l’un envers l’autre.

À partir du moment où De Wever est entré dans la salle, l’atmosphère a complètement changé. Quelques francophones ici et là commençaient déjà à huer. S’il restait encore des doutes, on avait là la confirmation que le président de la N-VA est vu comme le diable en personne pour la majorité des francophones.

Michel attaqua direct :   »un nationaliste qui présente les problèmes de manière simpliste et enferme la Flandre dans une prison ». Le libéral francophone n’avait pas beaucoup d’arguments de fond. Il en est souvent resté à des reproches du genre : vous mentez, c’est ridicule, c’est de la démagogie, et ainsi de suite.

De Wever a réagi, comme on s’y attendait, avec virulence. Quand la rédactrice en chef de Le Soir, Béatrice Delvaux, demanda au président de la N-VA de répondre à une question au lieu de s’en prendre à son journal, il lui répondit sèchement par  « je dis ce que je veux » . La présidente cdH Joëlle Milquet en a encore pris pour son grade :  « la femme qui fait campagne avec le slogan l’union fait la force, ne parle même pas la langue majoritaire de ce pays » .

À la fin du débat, les deux protagonistes pouvaient se poser une question.  « Etes-vous prêt à respecter le principe de territorialité ? » demanda le président de la N-VA.  « Nous devons arriver à un mélange de ce principe et du principe de personnalité »  répondit Michel.

À la question de quand il voyait la Flandre indépendante, De Wever répliqua :  « je ne peux pas déterminer de date. Je la vois comme une évolution naturelle en Europe« .

En coulisses aussi, l’ambiance entre le président de la N-VA et le libéral francophone était glaciale. Michel a serré la main de De Wever avec réticence. Di Rupo, d’ailleurs, ne voulait en aucun cas être à côté de De Wever sur le podium ou sur la photo. « Ce n’était pas prévu » dit-il sèchement.

La question est de savoir comment les francophones pourront jamais trouver un accord avec la N-VA. Ou comme le décida Michel : « je n’ai rien entendu aujourd’hui, mais alors rien du tout, qui permette de croire qu’un accord équilibré soit possible ».

Un commentaire sur “La N-VA toujours diabolisée par les francophones”

  1. Mélusine dit :

    Dans le mot violence si on enlève la « lance », il y a le mot VIE. Personnellement à la lance je préfère la plume.
    Une chose est sûre en tout cas: ce qui est terminé définitivement, c’est le compromis à la Belge.