Irréaliste, l’indépendance de la Flandre?

Mercredi 9 juin 2010

C’est en tout cas la conclusion à laquelle parvient Vincent Laborderie, chercheur en sciences politiques à l’UCL. Selon lui, les conditions permettant une indépendance de la Flandre sont loin d’être remplies à l’heure actuelle.

Cette étude de l’UCL est en réalité une contribution à un ouvrage à paraître aux éditions Mols sous le titre « Good Morning Belgium ». Elle vient en contrepoint de l’emballement autour de l’hypothèque que fait peser le score attendu de la N-VA sur le devenir de la Belgique. Vincent Laborderie distingue globalement trois possibilités pour qu’un Etat devienne indépendant. Il relève le conflit armé, comme dans le cas de l’ex-Yougoslavie, la séparation à l’amiable, comme dans le cas tchécoslovaque; et enfin la déclaration unilatérale d’indépendance, ainsi que l’a fait le Monténégro.

Pour le chercheur, il faut d’emblée exclure le conflit armé ou la guerre civile dans le cas du désir d’indépendance flamand. Non seulement par le caractère très largement non-violent du conflit communautaire belge et le peu de volonté populaire d’en découdre. Mais surtout parce que, Bruxelles étant la capitale européenne et le siège de l’OTAN, les institutions internationales interviendraient très rapidement en cas de violences, estime-t-il.

Pas de « divorce à la tchécoslovaque »

Le « divorce de velours” à la tchécoslovaque suppose que Flamands et francophones se mettent d’accord, non seulement sur la fin du pays, mais aussi sur les modalités du divorce et le partage des biens communs. Ceci apparaît à l’heure actuelle impossible pour deux raisons au moins: Bruxelles et sa périphérie d’une part;  et le partage de la dette fédérale d’autre part.

Un partage de la dette fédérale au prorata de la population, comme c’est souvent le cas, ajouterait, pour la Wallonie, 33% de la dette belge à sa dette propre. Le futur Etat serait assez rapidement incapable d’honorer ses créances. La Wallonie s’opposerait donc à la séparation. Il faut noter à l’inverse que la répartition au prorata de la population soulagerait notablement la Flandre indépendante. Vincent Laborderie n’envisage cependant pas l’hypothèse d’une association ou d’une intégration à la France, souvent citée comme une alternative à la « Belgique par soustraction », qui permettrait de diluer le poids de la dette.

Concernant Bruxelles et la périphérie, les francophones devraient refuser un accord qui abandonne Bruxelles à la Flandre. Pour les Flamands, il semble qu’ils n’envisagent pas plus leur indépendance sans Bruxelles, leur « capitale », pense Vincent Laborderie. Enfin, la “solution” d’un Bruxelles D.C., capitale de l’Union Européenne, n’est pas, d’après lui, pas envisageable en l’état actuel de la construction européenne. C’est du reste une thèse que rejettent les partis francophones.

Reste la déclaration unilatérale d’indépendance, selon la typologie développée par l’auteur de l’étude. Dans une telle situation, plusieurs Etats de l’Union européenne, soucieux de leurs propres problèmes internes, s’opposeraient à une reconnaissance rapide. On pense à l’Espagne, aux prises avec les vélléïtés indépendantistes basques ou même catalanes. Mais même la France, confrontée régulièrement au nationalisme corse, verrait d’un mauvais oeil la Flandre prendre son envol. 

Or, vu la structure de l’économie flamande, très ouverte à l’international, une reconnaissance rapide de l’ensemble des autres Etats membres de l’Union européenne est indispensable. Pour Vincent laborderie, une absence de reconnaissance qui durerait ne serait-ce que trois mois serait une catastrophe pour le nouvel Etat indépendant: « Aucun bateau n’arrive plus à Anvers, aucun avion n’aterrit plus à Zavetem, car si on n’est pas reconnu, on repart de zéro« . En fait, dit-il, ce qui resterait de la Belgique pourrait continuer à se prévaloir de tous les accords passés avec le reste du monde, tandis que le nouvel Etat devrait les reprendre un par un. Une période d’incertitude relativement longue serait inévitable.

Une consultation populaire qui ferait un flop

Au mieux, et même si aucun texte de droit internatiuonal ne l’impose, les Etats européens demanderaient la tenue d’une consultation populaire, préalablement à l’indépendance (comme ce fut le cas pour le Québec et le Monténégro). Or, aujourd’hui, 85% des Flamands ne désirent pas l’indépendance de la Flandre. Ce chiffre est constant et des sondages récents ont montré que la chute du gouvernement et les crises à répétition n’y ont rien changé. De même, 85% des Flamands déclarent se sentir belges (et également flamands pour une majorité d’entre eux) lorsqu’on les interroge sur leur identité. La proportion de Flamands favorables à l’indépendance est donc très loin d’être majoritaire et ne le sera pas à court ou moyen terme, affirme Vincent Laborderie. « Les gens votent pour des partis pour des raisons parfois tout à fait différentes du programme de ces partis. Le chiffre de 85% est relativement intangible et n’a pas évolué depuis les dernières élections« , dit-il. Et il en veut pour preuve le vote en faveur du Parti Québécois, indépendantiste, qui n’a jamais permis jusqu’ici d’obtenir une majorité lors des référendums sur l’indépendance du Québec. « Les gens votent pour le PQ car ils savent qu’il sera plus ferme dans la négociations avec les anglophones, pas parce qu’ils veulent spécialement l’indépendance« .

La conclusion de l’auteur de l’étude est sans appel: l’ensemble de ces éléments montre qu’il est aujourd’hui « impossible » que la Belgique éclate. Même s’il n’écarte pas cette hypothèse dans l’avenir, pour lui, le principal danger pour la Belgique n’est pas son éclatement mais bien la paralysie institutionnelle et l’impossibilité de former un gouvernement après le 13 juin.

T.N.

Un commentaire sur “Irréaliste, l’indépendance de la Flandre?”

  1. Bonney dit :

    Veuillez regarder ceci afin de mieux comprendre le succes de la N-VA
    http://www.deredactie.be/cm/vrtnieuws/mediatheek/programmas/phara/2.11049/2.11050/1.798838