Huis Clos PS-MR: des convergences, oui, mais pas de cadeaux

Jeudi 10 juin 2010

 

 

Ces deux là se connaissent bien, ils connaissent leur propre programme et celui de l’autre et sont capables de souligner les convergences comme leurs différences.

Que faire en cas d’échec des négociations avec les Flamands?  Pour le président du PS, la Belgique a besoin d’une famille politique capable de stabiliser le pays, une façon de pointer du doigt les différences entre libéraux flamands et francophones quand on aborde le communautaire. Et surtout de rappeler que c’est le libéral flamand Alexander De Croo qui a quitté la table alors qu’une solution était en vue. La polémique est connue. Elio Di Rupo pointe aussi que ce sont les socialistes du sud et du nord du pays qui ont rendu possible l’avènement de la Belgique fédérale. Elio Di Rupo répète enfin que son parti entend poursuivre dans cette voie : « Il faut stabiliser le pays. Nous ferons un pas vers les néerlandophones, on demande aux néerlandophones de faire un pas vers les francophones« .

Le dialogue, Didier Reynders est aussi pour mais il souligne qu’au moment où les négociations ont capoté, les propositions de Jean-Luc Dehaene n’étaient pas acceptables et en tout état de cause, il refuse  de « s’inscrire dans les pas des nationalistes flamands en parlant de la fin de la Belgique« . Parmi les solutions d’avenir, le président du MR entrevoit la création d’une circonscription fédérale. Il dit qu’il faut prendre son destin en main dans une Belgique « redéfinie« .

Valoriser le travail

C’est sans doute sur le socio-économique que socialistes et libéraux francophones s’opposent le plus. Didier Reynders insiste : il faut bien renforcer la solidarité à travers les pensions et les soins de santé mais en valorisant le travail. Pour lui le PS est assez conservateur et ne veut pas de changement.

Elio Di Rupo constate avec un certain plaisir qu’un certains nombre de points présentés par le MR sont des mesures voulues par le parti socialiste. « Vous venez vers nous« , dit-il mais il y a une vision du système libéral qui détruit l’économie réelle, c’est la différence entre nous. Elio Di Rupo souligne la nécessité de prélever des impôts sur les gains des spéculateurs et éviter de faire des cadeaux fiscaux pour défendre les PME et les indépendants…

Voilà Elio Di Rupo qui s’aventure sur le terrain de Didier Reynders. Le président du MR contre-attaque en rappelant qu’on oublie souvent les indépendants dans les mesures sociales, que les propositions du PS en leur faveur n’ont rien de neuf et surtout qu’il ne faut pas augmenter leur cotisations. Oui, « il y a un vrai clivage« , souligne le président du MR.

La rigueur pas l’austérité

Cela dit, PS et MR, sans être scotchés l’un à l’autre, reconnaissent qu’il y avait du travail depuis trois ans pour le gouvernement. « Nous avons tenté de faire le mieux possible« , juge Didier Reynders, notamment sur les mesures anti-crise.

« Nous sommes entrés dans le gouvernement pour une raison simple. En tant de crise, la sécurité sociale est véritablement un stabilisateur, il fallait impérativement la consolider, c’est ce que nous avons fait tout en continuant à combattre la crise », renchérit Elio Di Rupo.

Il faudra faire des milliards d’euros d’économies. Mais où? Le président du MR veut améliorer les petites pensions, baisser les charges salariales pour les patrons et baisser l’impôt sur les bas revenus tout en cherchant de nouvelles recettes dans le monde des banques mais aussi de l’énergie nucléaire et en gérant de façon rigoureuse le budget de l’Etat.

Elio Di Rupo ne veut pas faire payer deux fois les citoyens et donc : « La rigueur oui, nous en avons fait la preuve, austérité non« . Il vaut par exemple plus de fonctionnaires chargés de la répression de la fraude fiscale. Enfin, le PS refusera de faire des économies dans la fonction publique sur le dos des enseignants, des infirmiers ou des policiers. Un point sur lequel Didier Reynders semble d’accord : « Pas un seul fonctionnaire ne perdra son emploi« . Et il verrait bien plus de policiers dans les rues, car la sécurité reste un thème favori pour le MR.

Pour Elio Di Rupo, le PS est le meilleur rempart pour défendre les francophones, les Bruxellois et les Wallons, tout en leur garantissant le progrès social et le dynamisme économique, il en veut le Plan Marshall pour preuve. Didier Reynders conclut pour sa part que le MR est le mieux à même de défendre la dignité des francophones tout en valorisant le travail.

Sur le net: des différences mais du respect

 

Dans la partie réservée au web, les deux invités sont revenus sur leur prestation télévisée. Pour Didier Reynders, « c’était important de montrer les différences ».  « Sur le plan socio-économique, nos programmes diffèrent ; mais on peut être différents tout en se respectant l’un l’autre. D’autant plus que nous demandons ce respect aux néerlandophones » , renchérit Elio Di Rupo.

L’affirmation des « différences »  n’empêche toutefois pas les deux présidents de se trouver aussi certaines convergences, face aux questions des internautes. Ainsi, Didier Reynders ne se montre pas hostile à une révision du système des intérêts notionnels, pour les transformer en une véritable diminution d’impôts pesant sur les entreprises. Une idée dont on peut discuter, estime Elio Di Rupo, « à condition de supprimer toutes les formules d’ingéniérie fiscale« , qui permettent aux entreprises qui en ont les moyens d’éluder une bonne partie de leur impôt.

Tous les deux sont d’accord pour plafonner le montant des cotisations pour les petits indépendants, voire les diminuer.  « Mais il faut aller chercher des recettes ailleurs », dit Didier Reynders. « Tout ce qui s’apparente à ce qui crée des effets d’aubaine, il faut le supprimer ». Mais pour Elio Di Rupo, le petit indépendant, cela s’arrête à 75 000 euros bruts par an. Un plafond qui étonne Didier Reynders.

Pas d’exclusive entre les deux mâles dominants de la politique francophone : les électeurs décideront, bien sûr, mais s’il le faut, ils pourraient continuer à travailler ensemble. On est loin du Huis Clos de l’année passée, lorsqu’Elio Di Rupo décréta qu’il ne gouvernerait pas les régions wallonne et bruxelloise avec le MR.

JFH et TN

24 commentaires sur “Huis Clos PS-MR: des convergences, oui, mais pas de cadeaux”

  1. Michel dit :

    J’aimerais pouvoir voter pour l’équivalent de Marianne Thijssen.

  2. Jean dit :

    Va-t-on revivre un Fouron 2 ?

    L’unité francophone ne va-t-elle s’effilocher devant la pression flamingante ? Ceci,en prétextant l’urgence de ces décisions que le Crise nous impose et que l’on garde prudemment sous silence en cette période électorale.

    Mais il ne faut pas se leurrer car ce n’est pas en acceptant les exigences de cette Flandre néo-libérale ( et je pèse mes mots …)que notre pays sera plus à l’écoute de la problématique sociale de notre Pays.

    C’est d’ailleurs bien dans cette régression sociale constante qui crée dans l’électorat tant d’indécision et de doute .

    « Pourquoi et pour qui voter puisque rien ne change ? » entendons nous souvent.

    Mais voilà, les choses changent, inexorablement!
    Mais en mal!Il y a, dans notre Pays,autant de Riches que de Pauvres!Comme la banquise, la classe moyenne disparait !Et personnes pour nous sauver…Qui pourrait bien s’extirper des méandres de cette mondialisation bleue dans lesquelles nos Politiques se sont englués ?

    Pourtant, si vous ne voulez pas que l’Histoire vous rattrape, Mesdames et Messieurs les Ministres,il faudrait que vous vous rappeliez que c’est toujours dans le désespoir que le Peuple puise sa force et provoque le changement.

    Est-ce vraiment ce futur que vous voulez offrir à nos enfants ?

    L’histoire ne nous apprend rien …sinon l’oubli

  3. hollander michel dit :

    Messieurs les élus socialistes, lorsque j’entends vos discours, j’ai peur.
    Vous souhaitez défendre les francophones? Vous voulez être leurs rempart.
    Alors que cette situation, c’est vous qui l’avez créé !
    Il ne faudrait pas oublier que si le « carcan  » de Bruxelles (c’est comme cela qu’on l’appelait à l’époque)
    a été voté en 1963 c’est à cause d’un élu FRANCOPHONE SOCIALISTE qui a quitter l’hémicycle au moment du vote.
    Ce qui a permis aux  » flamands » de faire « passer » cette loi….
    Si c’est pour nous défendre comme cela, bien merci
    Michel Hollander
    Braine le Château.

    • Robert JBF dit :

      Vous avez mille fois raison, mais le PS n’a pas de mémoire. Le carcan de Bruxelles, c’est le PS. L’acceptation de ne plus faire de recensement, c’est le PS, depuis des dizaines d’années le PS dirige la Wallonie etc… Le PS a une chance inouï, c’est d’avoir des électeurs sans réflexion.

  4. robwel dit :

    Pourquoi vous fatiguer à interviewer tous ces clowns? Si vous voulez faire semblant d’informer, rediffusez ce qu’ils ont dit il y a 3 ans, c’est le même discours creux et racoleur. Quant à moi, je n’airai pas voter.

  5. Mike dit :

    Ces deux baratineurs ont bien choisi les questions.
    Cela leur a même permis de rigoler.
    Reynders parle de la dignité des francophones et même des Allemands. Les flamands n’ont pas de dignité à l’entendre parler. Qu’est-ce qu’il entend par la dignité des francophones? Pouvoir s’installer en région flamande et exiger qu(on y applique ses propres règles et d’autres exigeances? En Flandre les francophones sont respectés!!! aucun n’y a jamais été tué parce qu’il était francophone. Alors au diable Reynders avec ton respect. Je suis certain que tes ancêtres étaient Flamands et aujourd’hui tu leur crache à la figure!!!

    • Robert JBF dit :

      Il me semble que votre dignité n’est pas la même que les francophones. C’est que les Latins n’ont pas la même conception de vie que les Germains. Et c’est pourquoi je vois une quantité de flamands venir s’installer du côté latin, Bruxelles ou Wallonie. D’après eux, il y fait bon vivre. Et ils ont raison.
      Votre écriture traduit un fameux complexe d’infériorité.

      • Mike dit :

        Si j’ai un complexe d’inférorité c’est dû à l’oppresion que mon peuple a subi de la part des francophones et la noblesse et bourgeoisie francophone en Flandre depuis la création de ce pays. Vous devriez revoir l’histoire de la Belgique depuis 1830 pour apprendre quel sort y a été réservé aux Flamands D’autre part les Flamands qui vont habiter en Wallonie s’adaptent et n’on pas d’exigeances linguistiques. Qu’il fait bon vivre en Wallonie, je n’en doute pas!

  6. cricri dit :

    Etonnant, étonnant, plus un mot du plan B, et moi qui avait demandé à Di Rupo si il avait un plan C en cas d’échec avec le B!
    Au plus on se rapproche du 13 au plus Elio manipule pour le 16 !

  7. Keskispass dit :

    J’en ai marre de la démagogie d’Elio …
    « Tout est de la faute à l’idéologie ultra-libérale ! »
    « Le PS est le parti qui va vous protéger d’un bain de sang social provoqué par les libéraux »
    « Nous faisons mieux que les autres »
    M’enfin – comme dirait Gaston Lagaffe – cela fait des décennies que le PS est au pouvoir … à tous les échelons ou presque … et tout serait de la faute au MR ?
    Allons, allons … le système belge est un système à la proportionnelle et donc, les partis s’alliant ensemble doivent trouver les compromis pour prendre des décisions communes … votées à la majorité … donc, ils sont tous d’accord.
    Si nous avions un système majoritaire, je serai d’accord qu’avant les élections on puisse crier haro sur le baudet en fustigeant les décisions prises par la majorité sortante mais ici, ils sont dans le même bateau !
    Quand Elio, Joëlle, Jean-Michel ou Didier mettent en avant tel ou tel ministre qui a fait avancer les choses … rien n’est plus hypocrite … des idées ont été mises sur la table et l’ensemble du gouvernement – toutes tendances confondues – a voté ! Dès lors, personne n’est à mettre au pilori ni en avant par rapport à des décisions prises.
    Les intérêts notionnels, c’est le Gouvernement dans son ensemble qui a approuvé cette décision.
    Les mesures anti-crise, ce n’est pas l’Oeuvre de Joëlle, mais du Gouvernement tout entier.
    Les places supplémentaires dans les IPPJ, ce n’est pas Ecolo, c’est tout le Gouvernement.
    Alors, mesdames et messieurs les ministres … un peu d’humilité svp et surtout moins de démagogie !
    Et à tous mes compatriotes, cessons de juger un parti sur son programme, mais plutôt sur les actes qu’ils ont posés dans le passé (avec les avancées et les déviances) et sur base de ce qui est matériellement possible, càd, sur ce qu’ils pourront réellement faire et non de vagues promesses purement électoralistes !
    Personnellement, j’ai du mal à me situer car il y a du bon dans TOUS les partis …
    Mais je voterai MR car je trouve qu’ils sont moins démagogues que le PS, Ecolo et le CdH.