Duel à couteaux tirés entre Paul Magnette et Olivier Deleuze

Mardi 8 juin 2010

Ils ont tous les deux géré la compétence de l’énergie. Le premier, Olivier Deleuze, en a profité pour faire aboutir la loi de sortie du nucléaire. Le second, Paul Magnette, s’est employé à prolonger la durée de vie des centrales. Pour leur premier duel en face à face, il y avait de l’électricité dans l’air.

Sur la sortie du nucléaire, Olivier Deleuze s’échine à le répéter : la priorité, c’est évidemment d’assurer l’approvisionnement. Mais il n’y a pas et il n’y aura pas de problème d’approvisionnement. On peut donc fermer les centrales comme la loi le prévoyait à l’origine. Paul Magnette, lui, se veut pragmatique et s’appuie sur le rapport indépendant qu’il avait commandé : « si on veut une sécurité d’approvisionnement, à des prix corrects et sans émettre trop de CO2, il est plus raisonnable de prolonger de dix ans les trois premières centrales nucléaires« . « Les chiffres d’Ecolo ont été longuement débattus au Parlement mais ils n’ont convaincu personne », affirme –t-il. «Ce n’est pas exact !», répond Olivier Deleuze. «Votre rapport, je le connais par cœur et je le conteste formellement !»

A Olivier Deleuze qui lui reproche de ne pas avoir le courage de taxer suffisamment l’opérateur historique pour en faire profiter les citoyens, le socialiste répond en détaillant :  «Il y a une manne nucléaire et  il faut qu’elle revienne à la société belge : 1/3 pour l’Etat, 1/3 pour les entreprises et 1/3 pour des baisses de tarifs» . Une profession de foi qui laisse l’Ecolo de marbre :  « Le régulateur a fait lui-même une nouvelle évaluation de cette manne, et elle n’est pas de 800 millions mais bien de 1,7 à 1,9 milliard; et c’est pour cela que les écologistes estiment qu’au moins la moitié de ces bénéfices doit retourner aux ménages« . « Vous avez été pendant quatre ans ministre de l’énergie et vous n’avez pas fait payer un euro, pas un centime à Electrabel, et aujourd’hui vous nous faites la leçon. Il faut au moins être un peu correct« , rétorque le le socialiste.

Huis Clos en télévision:

 

Et sur le net:

 

Qui est le plus social?

Pas d’accord sur la politique énergétique à mener, les deux duellistes se retrouvent-ils sur d’autres sujets, comme les politiques sociales ?

Question d’image de marque d’abord : Olivier Deleuze rappelle les grands principes de non-cumul et de rétrocession de 40% des indemnités parlementaires chez Ecolo. « On ne cherche pas à se démarquer mais on cherche à appliquer à nous-mêmes ce qui nous semble bon pour la collectivité ». Une piqûre de rappel qui a le don d’agacer le « rénovateur » du PS carolo.  « Nous aussi nous avons des règles. Nous aussi nous payons une contribution à notre propre parti, nous aussi nous avons des règles internes de limitation des mandats. Elles ne sont pas les mêmes… »  On croit voir des éclairs dans le studio.

Petite éclaircie sur le front nuageux: tous les deux reconnaissent qu’ils font ensemble du bon boulot en Wallonie, qui, rappelle Paul Magnette, attire désormais plus d’investisseurs que la Flandre et voit son chômage diminuer lorsque celui de la Flandre augmente.

Contrôle ou accompagnement des chômeurs. Un sujet délicat qui révèle lui aussi des différences d’approche dans les deux formations. Pour Paul Magnette, « quand on est demandeur d’emploi, on a des droits et des devoirs (…) Qu’il y ait des contrôles, sur le principe c’est normal. Mais dans la pratique aujourd’hui c’est vrai, ces contrôles sont mal conçus et sont excessifs dans des régions où il n’y a pas suffisamment d’emplois et il y a une forme de bureaucratie qui ne sert à rien ».  Olivier Deleuze joue sur un autre registre:  « Il faut faire attention à cette société qui est de plus en plus dure » , prévient-il. Pour lui, il faut davantage contrôler et réguler le secteur financier et il faut taxer les transactions financières car le chômage est une conséquence de la crise financière. Au passage, il égratigne encore le PS, accusé de ne pas en avoir fait assez.

Passablement énervé, Paul Magnette rappelle à son interlocuteur que le PS est à l’origine de toute une série de propositions en matière de contrôle bancaire et de lutte contre la fraude fiscale. « Encore faut-il les faire exécuter », persifle Olivier Deleuze.

Libérer du temps …et l’initiative privée

Tous les deux tombent d’accord sur l’importance de libérer du temps pour les travailleurs qui le souhaitent, de manière souple et non dogmatique. « Et libérer les initiatives« , ajoute Olivier Deleuze qui, pour le coup, s’aventure dans le jardin des libéraux, en s’appuyant sur le rôle des PME qu’il faut, dit-il, promouvoir et soutenir, notamment dans le domaine de l’environnement. « Il faut l’équivalent du plan Marshall 2.Vert au fédéral« , s’exclame-t-il, et, par exemple, exonérer des charges et de cotisations les deux  premières embauches dans des secteurs verts. Une proposition que rejoint Paul Magnette.

Faut-il taxer les loyers ? « Il faut une meilleure justice sociale« , dit Olivier Deleuze. Tous les revenus doivent être soumis à l’imposition, renchérit Paul Magnette. Mais il distingue entre les petits propriétaires et puis les spéculateurs qui, dit-il, achètent des dizaines de maison, qui les transforment en garnis et qui exploitent la misère humaine.

Une autre idée, parfois caressée, vole en fumée chez les deux protagonistes : celle de taxer les revenus sur le lieu de travail. « Attention! Conservons dans ce pays les solidarités fondamentales et n’organisons pas de compétition entre les régions« , soutient le chef de file Ecolo. Paul Magnette ne trouve l’idée beaucoup plus séduisante:   »C’est une piste, mais qui remettrait en cause tous nos équlibres et la solidarité fiscale » .  Exit donc, pour tous les deux, l’idée d’une taxation au lieu de travail.  « Ce serait la fin de la Belgique »  ose même Olivier Deleuze. Mais par contre, il faut refinancer Bruxelles, souligne le socialiste, qui énumère les défis auxquels la ville est confrontée. « Et cela profitera à l’ensemble de la Belgique », souligne-t-il.

Les questions d’actualité rapprochent les deux candidats. Le licenciement de l’enseignante voilée de Charleroi est salué par Paul Magnette, qui relève le courage des autorités dans cette affaire.  Olivier Deleuze juge tout à fait normal qu’elle se soit vu imposer de ne pas porter de voile dans une école publique, mais il juge le licenciement trop expéditif et pense qu’ il aurait fallu lui trouver un autre emploi.

Sur la présence de troupes belges en Afghanistan Paul Magnette  estime qu’il faut une vraie finalité de promotion de la paix. Si les menaces sont trop importantes, il faut pouvoir discuter d’un retrait, pense-t-il. Pour Olivier Deleuze, c’est clair : on est dans une  impasse. Il faut une stratégie de retrait des troupes belges.

Sur le net, un peu moins de tension

Plus détendus dans la partie de l’émission réservée au net, Les deux adversaires du jour s’accordent à penser avoir mené un bon débat. « On a été corrects » , juge Olivier Deleuze.

Scoop: interrogé par un internaute qui lui demande s’il n’avait jamais été tenté par Ecolo, Paul Magnette révèle qu’il avait participé à qelques réunions d’Ecolo Charleroi avant de se décider pour le PS.

Sur le plan communautaire, les deux ne veulent pas « gonfler » le phénomène De Wever. « Il ne faut pas faire le jeu de Bart De Wever, qui s’est mis habilement en travers des médias« , dit Paul Magnette.  « Il ne faut pas avoir peur » dit Olivier Deleuze. Petite bisbrouille ensuite: piqué au vif par l’Ecolo qui remet en avant le groupe commun Ecolo-Groen!, Paul Magnette rappelle que sur les débats communautaires, le groupe commun vole en éclat; et que le PS entretient lui aussi de nombreux contacts avec le s.pa.

T.N.

16 commentaires sur “Duel à couteaux tirés entre Paul Magnette et Olivier Deleuze”

  1. billy dit :

    Chouette Débat. Magnette un peu plus crispé. Dans le fond les 2 se valent. Chouette pour le paysage politique belge de voir le retour de quelqu’un comme Deleuze.