« C’est le foulard qui nous intéresse, pas BHV »

Mercredi 2 juin 2010

ZWARTBERG – En tant que nouvelles Belges elles vont voter, certaines pour la première fois. Les femmes musulmanes de Genk cherchent d’ailleurs surtout des candidats d’origine étrangère sur la liste. ‘Si au moins ils ne servent pas juste à attirer des voix’.

(Article paru dans De Standaard)

« J’ai été appelée comme assistante dans un bureau de vote », dit Amina Saidi légèrement inquiète. « Mais je ne pourrai pas, je ne connais pas assez le néerlandais« .   Six femmes de l’atelier de couture sont venues à la salle des fêtes de Nieuwe Kempen à Zwartberg (Genk). Cinq sont d’origine marocaine, et la dernière a des racines turques.   Latifa Harraq, animatrice socio-culturelle, a servi d’interprète. Si certaines femmes ont quelques notions de néerlandais, il leur est encore difficile de  s’exprimer.   
La politique n’est pas vraiment leur truc. Mais il leur arrive quand même d’en parler. Ilham Bennaoui a parfois des discussions politiques avec son mari. « Il est pour un parti, moi pour un autre« . Latifa: « Mon jules veut d’ailleurs faire de la politique, je suis contre. Il est déjà si rarement à la maison » (elle rit).  
C’est la première fois que Khadija Chafi peut aller voter. C’est plutôt excitant. « Qui je préfère ? Je ne sais pas encore. Le SP-A peut-être ? » Les socialistes semblent avoir du succès dans cette petite assemblée. « Ils ont pas mal d’étrangers sur la liste« . Un des chefs de file locaux est Angelo Bruno, un habitant de Zwartberg d’origine italienne, qui parade sur la liste sénatoriale du SP-A. Il y a aussi Chrokri Mahassine, l’organisateur du festival Pukkelpop, et une syndicaliste, Meryame Kitir de Ford Genk. « Mais Chokri est déjà trop belgisé« 
Elles expriment leur déception face à l’évolution politique des affaires. Lors des dernières élections communales de Genk, Ali Çaglar (CD&V, maintenant aussi sur la liste au parlement) avait obtenu plus de voix que Wim Dries, qui est devenu bourgmestre. Cela a été très mal perçu ici. « Ils se servent de candidats étrangers pour attirer des électeurs, pour ensuite les écarter. On garde l’impression d’être des citoyens de seconde zone« . 
Genk est une ville de 64 000 habitants, et à cause de son passé minier et de son immigration, elle compte 85 nationalités. La ville limbourgeoise est-elle prête à élire un bourgmestre étranger ? « Oui, il arrive. Ce serait bien« .   
Les étrangers votent-ils forcément pour leurs propres candidats ? « Les Turcs, oui« , dit Zeynep, « ils se soutiennent toujours« . « Pas les Marocains« , dit Latifa, « il faut d’abord qu’ils prouvent qu’ils ont fait quelque chose pour les électeurs. Mais un homme politique marocain ne doit pas en faire trop pour les Marocains au risque de perdre le soutien des Belges. Il doit faire doublement ses preuves« .  
La discussion s’anime tout de suite dès qu’on aborde le problème du foulard. Celui qui se prononcerait pour l’interdiction du voile ne devra pas compter sur leur voix, évidemment. Trois d’entre elles en portent un. « Si je dois l’enlever, je retourne au Maroc« , dit Ilham avec force. « Nous ne sommes pas des esclaves, nous le faisons par conviction religieuse. Un peu de respect s’il vous plaît. On entend dire qu’il y a des femmes qui se voient refuser un boulot de femme de ménage à cause de leur foulard. Ce n’est qu’un bout de tissu. Pourquoi en ont-ils si peur ?«   Plus les politiques et les médias se polarisent sur la question, plus les femmes – même les jeunes qui sont nées ici – seront déterminées à le porter, semble-t-il.   
Latifa et Malika Amrhar ne portent pas le foulard. Zeynep Bastug, la seule Turque, non plus. « Je n’y suis pas encore prête, dit-elle. Ça viendra peut-être un jour. C’est entre moi et Dieu« .   
Même le drapeau belge, elles veulent bien l’enrouler autour de leur tête pour la photo. Le drapeau tricolore n’appelle pas d’opposition ici. Pour plaisanter, elle se met sous la machine à coudre. « C’est aussi notre drapeau, nous nous sentons vraiment Belges », dit Latifa. « Surtout quand on retourne dans notre pays d’origine« .  
Pour ce qui est de la question Bruxelles-Hal-Vilvorde, elles haussent les épaules, même si elles comprennent les exigences flamandes. Mais elles ne sont pas pour une indépendance flamande. « Il vaut mieux rester unis, c’est déjà un si petit pays »
Cela ne fait que deux ans que Malika est dans notre pays, et elle a d’abord résidé à Liège. Quand elle a déménagé pour Genk, on lui a dit qu’elle allait « atterrir chez les Flamands racistes« . « Mais ce n’est pas si terrible, je n’ai aucun problème à mon travail. En revanche je ne trouve pas de logement. Les propriétaires ici ne veulent pas louer à des Marocains ».  Pourtant elle aime bien, comme les cinq autres, vivre à Genk. « C’est plus vert ici, plus calme, c’est un meilleur endroit pour élever ses enfants« .  

Tom Ysebaert

Lire l’article original

Les commentaires sont fermés.