A la veille des élections, le non-débat des présidents

Vendredi 11 juin 2010

C’était le dernier round avant le scrutin de dimanche : la RTBF recevait Elio Di Rupo (PS), Didier Reynders (MR), Joelle Milquet (cdH) et Jean-Michel Javaux (Ecolo) pour un grand débat des présidents. Mais de débat, il n’y en a pas vraiment eu.

 

Interrogés sur la crise institutionnelle et la crise économique, les quatre présidents de parti se sont montrés plutôt proches dans leurs positions.

Sur les problèmes communautaires, les présidents de parti ont rappelé leur volonté commune de trouver rapidement une solution, sans se laisser marcher sur les pieds pour autant. Tous insistent pour dire qu’il ne faut pas que la situation soit bloquée pendant des mois et des mois, afin de s’attaquer aux problèmes économiques.

Mais que feront-ils s’ils ont face à eux un Bart De Wever intransigeant dans les négociations ? Tous sont  d’accord pour dire que l’idéal est de négocier avec des partis qui voient encore un avenir pour la Belgique, mais que c’est finalement à l’électeur néerlandophone de choisir et qu’il faudra bien faire avec.  Tout dépend du choix des néerlandophones, c’est bien là le problème… Et Didier Reynders de mettre sur le tapis l’idée d’une circonscription fédérale qui « empêcherait de devoir attendre de savoir ce qu’il va se passer dans le Nord. On voterait tous pour les mêmes candidats ». Une idée que partagent tous les partis. Elio Di Rupo va même plus loin, en proposant un bureau commun aux partis du Sud et du Nord du pays.

Unis sur la rigueur économique

Une fois le gouvernement formé, il faudra s’attaquer sans tarder aux problèmes économiques. Mais, tient à rassurer Joëlle Milquet, même si un blocage des négociations avait lieu, le pays ne serait pas laissé à l’abandon. Et la présidente du cdH et ministre de l’Emploi de rappeler que les mesures anti-crise ont déjà pu être rallongées par le gouvernement démissionnaire et que cela pourra encore être le cas.

Une chose est sûre : l’avenir n’est pas rose, et les quatre partis ne veulent pas le cacher. L’Open VLD le disait : il faudra faire 22 milliards d’euros d’économie. Comment les quatre présidents comptent-ils y parvenir ? Jean-Michel Javaux estime que pour cela, il faudra rendre l’Etat plus efficace, en ne remplaçant pas certains fonctionnaires qui partent à la retraite, par exemple. Mais sans toucher à la police, à l’enseignement. Il faudra également, selon lui, aller chercher de l’argent dans la lutte contre la fraude fiscale, et taxer la spéculation boursière.

Pour Didier Reynders, ministre des Finances, on peut effectivement aller plus dans la lutte contre la fraude. Mais il rappelle que la fraude peut aussi être sociale, le travail au noir, et qu’elle coûte également beaucoup à l’Etat. Le président du MR préconise également de continuer à prélever la rente nucléaire et de taxer la spéculation.

Elio Di Rupo ne dit pas autre chose. Mais il ajoute sa petite pierre à l’édifice: les plus-values réalisées à la bourse devraient également être taxées.

Joëlle Milquet marque son accord sur les propositions de ces collègues mais ajoute qu’on ne pourra pas éviter des dépenses supplémentaires : augmenter la quotité exonérée d’impôts et réduire le coût du travail sur les bas et moyens salaires.

Interrogés par un téléspectateur sur l’aide apportée voilà quelques mois au secteur financier, les quatre présidents ont assuré que tout sera remboursé, avec des plus-values pour l’Etat et même des prélèvements supplémentaires. Et Didier Reynders d’ironiser : « J’espère qu’on ne fera jamais aux pensionnés ce qu’on a fait aux banques : tout récupérer et les taxer encore après ».

Concernant la lutte sur la spéculation bancaire, les présidents des quatre grands partis ont encore montré une belle unité : il faut mieux contrôler le secteur bancaire. Et la Belgique compte bien profiter de la présidence de l’UE pour faire adopter des mesures.

Sur les problèmes économiques, comme sur l’institutionnel, les quatre grands partis ont semblé parler d’une même voix.

Trop de pouvoirs pour les présidents de partis

C’est la question posée par un citoyen qui redonnera finalement un peu de vie au débat : les présidents de parti n’ont-ils pas trop de pouvoir et les citoyens pas assez ?

Le président du MR, Didier Reynders, estime qu’effectivement le citoyen n’a pas assez de pouvoir sur la décision ultime. Il répète donc son idée d’instaurer un référendum dans un certain nombre de domaines et propose l’élection directe du bourgmestre, notamment. Des idées que ne semblent pas partager les autres invités. Joëlle Milquet est contre l’élection directe : « Pensez-vous que Sarkozy est plus démocratique, plus accessible et moins autoritaire ? ». Elio Di Rupo choisit lui la Suisse pour prouver que le référendum, même s’« il n’est pas contre » n’est pas le système miracle non plus : « C’est en Suisse que les femmes ont dû attendre le plus longtemps pour voter ». Jean-Michel Javaux, lui, acquiesce sur le référendum.

Quant à la question de savoir si les présidents de parti ont trop de pouvoir, c’est Joëlle Milquet qui se mouille le plus:  »Quand on est pas content d’un parti, on a bien assez d’élections dans notre pays pour le sanctionner« .

En conclusion, que retenir de ce « débat » à la veille des élections ? Que tant sur le plan communautaire qu’économique, les partis francophones semblent vouloir se montrer unis… N’en déplaise à Didier Reynders qui répète à l’envi  que, si, il y a des différences entre les partis…

J.C.

33 commentaires sur “A la veille des élections, le non-débat des présidents”

  1. roberto dit :

    Le cumul n’est pas une fraude?

  2. Laurent dit :

    Avec son franc-parler, Elio DiRupo m’a surpris ce soir. Il ne faut en effet pas rêver, il n’y aura jamais de gains sans une perte quelque part. C’est parfois bon de le rappeler, notamment aux spéculateurs, aux banques et aux entrepreneurs qui se demandent comment contribuer le moins possible. En vouloir toujours plus est une facheuse tendance actuelle. Dommage.

  3. Snack dit :

    Toute personne qui s’oppose sérieusement aux crises successives qui ébrèchent notre pays a l’embarras du choix…il suffit d’éjecter ces 4 consensualistes mous qui n’ont même pas la décence de feindre un débat d’idées car ils ont trop peur d’être refoulés de l’alliance postéléctorale…heureusement pour ces affabulateurs que le wallon aime se faire duper car je suis certain qu’il reconduira les mêmes incapables tout en se plaignant d’immobilisme…

  4. lindon dit :

    Il n’y a pas de politique miracle, il ne faut pas être déçu par une politique ou une autre car on ne change pas la loi pour une ou deux personnes. Arretez de croire au pays merveilleux de Alice,la politique ne peux pas tout faire. Quand on parle du salaires des ministres moi ce qui m’interpelle ce sont plutot ceux des footballeurs ou ceux des patrons, rien que d’y penser ça m’écoeur.

  5. Jules dit :

    C’est comme un parti unique : quand on vote pour l’un, on vote automatiquement pour son accord avec les trois autres.

  6. Lantimanip dit :

    Belle manipulation dans l’argumentation de Mme Milquet qui veut faire croire que l’élection directe est mauvaise:
    Elle prend l’exemple de monsieur Sarkozy qui est autoritaire.
    Est-ce cela une argumentation? Les Français ont choisi un personne autoritaire, c’est leur choix. Le discours de Mme Milquet ne démontre pas que l’élection directe est bonne ou mauvaise.
    Cette manipulation argumentale possède même un nom: la tactique de la non-pertinence.

  7. Benag dit :

    « Jean-Michel Javaux estime que pour cela, il faudra rendre l’Etat plus efficace, en ne remplaçant pas certains fonctionnaires qui partent à la retraite, par exemple » : décidément, les Ecolos semblent ne pas comprendre l’importance numérique de leur électorat issu de la Fonction publique…

    • pech dit :

      Que veut-on ? Que les politiques soient perpétuellement penchés sur leur bouiller-compteur électoral, ou qu’ils essayent de préconiser les solutions les plus saines.?

  8. edip dit :

    débat lisse comme la tête de barthez, candidats mous,tous les programmes se ressenblent et vivement dimanche qu’on en finisse,marre de ce cirque!