Rideau de BXL cherche théâtre(désespérément).

Mercredi 20 octobre 2010

Paradoxe? Non,  la plus vieille compagnie de théâtre bruxelloise quitte le Palais des Beaux-Arts à la fin de cette saison, la mort dans l’âme, et « cherche théâtre désespérément » !

Michael Delaunois, Directeur du Rideau de Bruxelles (c) D.R.

Michael Delaunois, Directeur du Rideau de Bruxelles (c) D.R.

Conférence de presse historique, ce lundi 18, du Directeur du Rideau de Bruxelles, Michael Delaunois et du président de son Conseil d’Administration, Jean-Marie De Backer, fils de Claude Etienne, qui a fondé le Rideau en 1943, dans la salle M du Palais des Beaux-Arts consacrée, aussi, à la musique de chambre.

Jusqu’à l’actuel directeur du Palais des Beaux-Arts, Paul Dujardin, le Rideau disposait de deux salles, la « petite » (167 places), réservée à son seul usage, qu’on atteignait via le Hall Horta et le Studio, à côté de la salle M, partagé avec d’autres institutions culturelles.

Point important : le Rideau n’est qu’un « locataire », assurant symboliquement le  rôle « du » théâtre francophone dans ce Palais de tous les arts. Cette position de faiblesse est la cause de tous ses malheurs. La blessure la plus irréparable : le 21 septembre 2006, sans sommation préalable, Bozar fait détruire la « petite salle » pour mieux aménager la Cinematek. Et promet via E.Davignon de la reconstruire, au même  endroit, sitôt les travaux Cinematek achevés. Mais 16 jours plus tard, un nouvel espace… expositions est ouvert sur les ruines du « petit théâtre ». En fait il s’agissait de récupérer le lieu pour permettre une meilleure circulation entre ses divers lieux d’expositions.

S’en suit, depuis quatre ans une interminable saga, pleine de coups fourrés portant sur trois  points.

1)      La construction d’un nouvel espace, baptisé « Auditorium Paul Willems », une sorte de tente inconfortable installée pour une période provisoire de 3 ans dans une rue adjacente, au grand dam des habitants de quartier et entraînant, par son inconfort, une fuite progressive des abonnés.

2)      La deuxième salle, le Studio fut soumis à d’autres aléas, de l’augmentation soudaine des loyers (plus 35%) à des problèmes de réservation de la salle, non exclusivement réservée au Rideau.

3)      La Salle M, de musique de chambre fut l’objet d’une interminable négociation dont l’échec est à la base du préavis actuel du Rideau. Michael  Delaunois aurait voulu une transformation de cette salle peu confortable et d’une acoustique exécrable en un espace moderne de 300 places, qui aurait pu aussi servir à d’autres artistes (théâtre ou musique).Mais le coût estimé de la rénovation (3,5 à 5 millions d’euros) ne pouvait être couvert par Bozar seul.

4) La conclusion vient d’être tirée, en ces termes par M .Delaunois: « Quitter le Palais, sans certitude de trouver un nouveau lieu d’implantation constitue un risque énorme. Mais ne vaut-il pas mieux affronter le danger de l’incertitude qu’encourir une mort, certes lente, mais inéluctable ? ». D’où la décision de casser, dans les délais voulus, le contrat de 30 ans qui liait le Rideau au « Palais ».

5)      Conclusion : dans sa guerre d’usure depuis la démolition unilatérale et sans compensations de la petite salle du Rideau, en 2006, Bozar a « gagné ». Gagné contre un théâtre francophone qui ne cadrait pas avec l’esthétique « Bozar » Et le Rideau, qui passe par une saison nomade, répartie sur plusieurs lieux, est un théâtre « SDF ». Il compte  sur la Communauté française pour lui trouver un lieu permanent. Pas évident avec les exigences de base : une petite et une grande salle, si possible dans un même lieu. A fortiori une année où l’avenir de la Belgique et de la Communauté française tient à quelques « fils » politiquement en surchauffe permanente.

Christian Jade (RTBF.be)

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