Mamma Medea,choc frontal barbarie-civilisation:puissant.

Jeudi 20 octobre 2011

Tom Lanoye, figure emblématique de la littérature flamande, n’est connu, des francophones, que par ses productions à …Avignon, avec Guy Cassiers, dont cet été, en Cour d’Honneur, « Le chant de Jeanne et Gilles ». Excellente idée, donc, du Rideau de Bruxelles, de monter sa pièce Mamma Medea, dans un centre culturel flamand de Bruxelles, en français …surtitré en néerlandais. Joli clin d’œil pour les ex-locataires de Bozar.

"Mamma Medea". Tom Lanoye (c)Mamma Medea © Marc Debelle
Critique:***(*)

A ma connaissance, Mamma Medea n’a été jouée qu’une fois , en flamand, il y a 10 ans, à Anvers.  Donc, même pour  les Flamands de Bruxelles, ce sera une découverte,  ce  texte de Tom Lanoye,  dans une version française  d’Alain Van Crugten- le traducteur réputé  des vedettes flamandes, dont le fameux Chagrin des Belges d’Hugo Claus. Ajoutez  des surtitres  en néerlandais,  dans un lieu, De Kriekelaar, le centre culturel flamand de Schaerbeek, et vous aurez tous les ingrédients d’une communication- politique et culturelle à la fois- de qualité, en ces temps difficiles. D’autant que Tom Lanoye est un chantre du dialogue communautaire et n’hésite pas à tenir tête à Bart De Wever.

Au fait.

Mamma Medea joue sur plusieurs  tableaux. Au centre, bien sûr, la figure tragique de Médée, l’infanticide, mais « retravaillée » et dans sa psychologie et dans sa relation avec sa famille « barbare » et dans son rapport au monde « civilisé », les Grecs, incarné par Jason. Cette première partie, « épique » est centrée sur l’épreuve imposée à Jason par le tyran, père de Médée, Aiétès-  -pour conquérir la fameuse « Toison d’Or » et sur le coup de foudre de Médée pour le beau « civilisé ».

Mamma Medea. Tom Lanoye. Claire Bodson et Yannick Rénier, Médée et Jason (c)
Mamma Medea. Tom Lanoye. Claire Bodson et Yannick Rénier, Médée et Jason (c)

La seconde partie, plus « moderne », est focalisée sur un dialogue intense et surprenant  entre Médée et  Jason, beaucoup plus  subtil que dans la tradition grecque classique- basée sur  une vengeance mythologique expéditive, pour cause de jalousie d’une cruauté animale. Ici Médée et Jason dialoguent  comme un couple moderne, avec la puissance physique…de la femme « barbare », dominante,   face au subtil Grec « civilisé », dominé, mais jamais à court d’arguments… et d’infidélités. Le final, pas classique, en surprendra plus d’un.

L’incarnation  des héros antiques par deux protagonistes aussi forts que Claire Bodson et Yannick Renier  est un des bonheurs de la mise en scène de Christophe Sermet.  Avec, un petit bémol technique, auquel il pourra être remédié assez facilement: Claire Bodson ( et quelques autres acteurs dont Philippe Jeusette, jouant le tyran Aiétès, en force ) utilisent, surtout dans la première partie, sur cet immense  plateau, une  sono mal maîtrisée, ce qui donne l’impression qu’ils « surjouent ». Or  la sono est faite pour humaniser le jeu « théâtral ». Après l’entracte,  ces défauts disparaissent.

Autre surprise (bonne) et contraste (drôle) voulus par Lanoye et bien traduits par les scénographes, Katrijn Baeten et Saskia Louwaard: les barbares – toute la famille « colchidienne « de Médée, dont son père le tyran Aiétès- s’expriment en vers (comme dans une tragédie racinienne, superbe traduction d’A. Van Crugten) mais sont vêtus comme des brutes. Les Grecs, Jason et ses deux  complices, en  élégant complet veston beige, poitrail entr’ouvert,  parlent un langage « branché » contemporain,  « cool », quoi . A la création, en  néerlandais, en 2001, des acteurs flamands, avec accent local, étaient les « barbares », alors que les Grecs civilisés étaient des acteurs hollandais parlant un pur « ABN » (algemeen beschaafd Nederlands). La mise en scène de Christophe Sermet parvient, avec un décor minimaliste, à occuper l’immense plateau avec une belle maîtrise de l’espace par les acteurs. Et à ménager des aspects humoristiques, qui allègent la pâte.

Au total un texte splendide, quasi shakespearien, un cadeau pour des acteurs  fringants et un public bilingue, très jeune … très sage, et très enthousiaste, à la fin, ce qui prouve qu’on peut amener un public jeune au théâtre… sans chercher la facilité.

Mamma Medea, de Tom Lanoye, m.e.s. de  Christophe Sermet, une production du Rideau de Bruxelles à De  Kriekelaar, 84 rue Gallait, 1030, Schaerbeek.

Info :http://www.rideaudebruxelles.be/

Christian Jade. RTBF.be



Un commentaire sur “Mamma Medea,choc frontal barbarie-civilisation:puissant.”

  1. Alicia dit :

    critique très juste. De nombreuses classes présentes et pas un mot dans la salle.