"La vie devant soi" de Romain Gary, a résonné comme un écho auprès des jeunes et des moins jeunes, hier soir au Théâtre de Namur. Le texte écrit en 1975 par Romain Gary, sous le pseudonyme d’Emile Ajar, n’a pas pris une ride. Cette année-là l’auteur recevait le Goncourt pour la deuxième fois.

Rencontre avec les deux protagonistes du spectacle

Jeanine Godinas, qui est madame Rosa ?

Madame Rosa est une ancienne prostituée qui en fin de carrière a ouvert sa maison aux enfants des prostituées qu’elle connaissait. Des enfants de toutes races, et de toutes religions qui grâce à elle vont s’en sortir.

Un public très éclectique remplissait le parterre du théâtre, et on a senti que ce texte parlait à tout le monde je pense ?

Le mélange des cultures, le mélange des religions sont des sujets très actuels. On épingle les problèmes et les dangers sans cesse et chez madame Rosa on fait l’inverse, et on se dit que tout pourrait très bien marcher, même si on peut percevoir une forme de violence parfois.

Mais ce qui transparaît en permanence c’est l’amour et une grande humanité, le tout sur le ton de l’humour ?

Le sujet est très sérieux mais on rit beaucoup grâce à l’humour de Romain Gary. Et puis en effet c’est une pièce sur l’amour, et même dans la violence on ne parle que d’amour. Et je sais que le spectateur apprécie la pièce pour cette raison ; c’est l’amour. Une fraternité universelle qui est rare de nos jours.

Aujourd’hui madame Rosa n’a plus qu’un petit pensionnaire. Elle souhaite freiner le temps pour l’empêcher de s’envoler, par amour mais aussi pour ne pas mourir ?

Oui, certainement pour ne pas mourir seule. Mais cet amour-là est aussi le signe d’une grande solitude. Et puis, c’est un amour sans calcul, où l’on ne compte pas et finalement, c’est le seul et véritable amour qu’elle aura connu. La conclusion sera peut-être qu’on existe que par l’amour et le regard de l’autre. Son métier l’a souvent laissée seule. Cet amour, c’est aussi la liberté de l’autre.

C’est un texte et un personnage qui vous siéent bien ?

Je les aime bien oui, parce que j’aime cette femme , j’aime comme elle cause et j’aime l’amour qu’elle propose. Et puis je trouve qu’i y a beaucoup de ma maman dedans.

Itsik Elbaz, vous êtes Momo, le protégé de Rosa, au cœur de cette pièce qui parle d’amour ?

Oui d’un amour qui ne dit pas son nom pendant très longtemps. Un amour partagé par deux êtres très abimés. Et le génie de Romain Gary a été de faire passer cette histoire inspirée des misérables à travers les yeux d’un enfant.

Un enfant qui s’exprime mal en français et qui fait énormément d’erreurs. Mais des erreurs avec le génie de Gary, qui rendent la chose très drôle.

Vous interprétez un garçon de 14 ans, c’est un exercice difficile ?

Jouer un enfant c’est un défi quand on a 36 ans. Je n’ai plus le physique et tout le travail a été de trouver le moment qui était crédible.  Au départ j’en faisait beaucoup trop et au fur et à mesure les choses se sont calmées. J’ai essayé de me souvenir comment j’étais petit, et j’ai observé les enfants autour de moi. Ensuite j’ai essayé de comprendre comment l’enfant fonctionne émotionnellement. J’ai choisi la franchise de l’enfant, dans la colère, le rire… En plongeant très vite dans une émotion, dont il fallait sortir aussi vite.

 

Christine Pinchart

 

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