Concours Reine Elisabeth :le bilan. Comme en 2007?

Lundi 31 mai 2010

Rappelons-nous : en 2007, les deux premières marches du podium ont été occupées par la pianiste russe Anna Vinnitskaya et son homologue bulgare Plamena Mangova. Le palmarès est identique en 2010, à cette nuance que c’est le tour des messieurs : Denis Kozhukhin s’est classé premier, Evgeni Bozhanov deuxième. Vendredi, le finaliste bulgare Evgeni Bozhanov avait métamorphosé le son du piano dès qu’il le touchait, avec une capacité sidérante pour enlever la musique grâce à un phrasé parfait, de la profondeur, certaines notes détachées placées en plein milieu de la cible, un jeu très maîtrisé mais impulsif également, avec des coups de boutoirs dans une sonate de Beethoven radieuse. Dans le troisième mouvement, il a ionisé la musique et dans le final, j’avais l’impression qu’il s’invitait dans la cour de recréation des dieux de l’Olympe.

Evgeni Bozhanov est bien le seul finaliste qui soit arrivé à conclure l’imposé de manière nette , avec un vrai point final, là où, dans les autres prestations, on restait le plus souvent en l’air. Mais aussi le fait de placer ses interventions comme des flèches dans Target, avec un sens de la tension particulièrement bienvenu dans l’art du tir à l’arc.

 Il a entamé son concerto au choix, le 2ème de Rachmaninov, avec génie, un sens du crescendo admirablement dosé, de la puissance,  une éloquence parfaite et ensuite une traversée où il a navigué allègrement par-dessus l’orchestre.  Evgeni Bozhanov fait aussi très fort dans l’art de la confidence retenue – dans le deuxième mouvement. De même, dans le final il a conservé un sens de la mesure pour une musique où doit exister la tentation d’en remettre. J’ai même souri à plus d’une reprise car j’ai reçu cette interprétation comme si Evgeni Bozhanov lui avait donné un second degré et n’a jamais succombé à la tentation de l’étalage de ses  qui sont moyens prodigieux.

 Est-ce un côté par moments « extérieur » et malgré tout démonstratif qui lui a coûté la première place qu’il avait manifestement convoitéehttp://www.actu24.be/article/detail.aspx?articleid=8829492 ? Denis Kozhukhin (Russie) a usé d’une rhétorique moins « sophistiquée ». Voici un musicien dont la simplicité habite tout ce qu’il interprète : la musique, l’art de la jouer, lui est aussi familière que l’usage de la parole. Il a joué  sa sonate de Haydn avec une allure débonnaire du meilleur aloi, de même qu’une démarche claudicante savamment mise en place. Sans doute a-t-il donné la version la plus habitée d’étranges personnages – un peu effrayants – dans l’imposé, tout en suscitant de vives lumières dans l’orchestre.

Enfin, le 2ème concerto de Prokofiev, si redoutable et monstrueux dans le premier mouvement, a été construit par un grand architecte : là où d’autres finalistes se sont embrouillés, Denis Kozhukhin a bâti son interprétation plan par plan. L’oreille pouvait clairement discerner les reprises de thèmes extrêmement déformés parce que le fil du discours demeurait continu. On retrouvait aussi le Prokofiev des Visions fugitives et ce concerto en aligne tout un catalogue que notre musicien a rendues très perceptibles. Aisance, simplicité, puissance, les jeux étaient faits pour qui sait faire autre chose que jouer : être. Denis Kozhukhin, qui affirme être quelqu’un comme tout le monde, n’en est pas moins un artiste d’exception.

 Philippe Dewolf

2 commentaires sur “Concours Reine Elisabeth :le bilan. Comme en 2007?”

  1. micxa dit :

    Allez sur klara.be, vous y trouvez les finalistes du samedi. Dommage la rtbf, vous avez perdu un auditeur qui est parti de l’autre côté du pays Mais rassurez vous, je comprends aussi le néerlandais. Quoi que la musique est une langue universelle.

  2. micxa dit :

    Pourquoi ne pas diffuser les deux derniers finalistes du samedi sur votre site Web ?

    D’autant qu’on a le lauréat parmi eux.

    Merci pour nous, les mélomanes assidus à votre site.