L’ancienne chanteuse des 10,000 Maniacs a enchanté une Ancienne Belgique comble
Il y a des rendez-vous qui ne se rateraient sous aucun prétexte. Des moments qui se font désirer, attendre parfois tellement longtemps que quand ils arrivent, on en déguste chaque minute comme un délice gourmand. Huit ans presque jour pour jour après son dernier passage dans la belle salle du boulevard Anspach, Natalie Merchant était donc enfin de retour en Belgique pour notre plus grand plaisir.

Natalie Merchant - crédit photo Mark Seliger
L’amérique des radios libres
La carrière de cette jolie américaine commence il y a bientôt 30 ans, dans les campus de la côte Est. Elle est alors la jeune chanteuse des 10,000 Maniacs, qui devient vite un des groupes phares de l’âge d’or du rock « universitaire » outre- Atlantique. Alors que R.E.M. sort son premier tube Radio free Europe, au titre évocateur, les 10,000 Maniacs se profilent à leurs côtés comme les stars des circuits alternatifs bien aidés par la libération des ondes dans le début des années 80.
Le succès sera au rendez-vous pendant 13 ans jusqu’à ce que le groupe ne se sépare en 1993 après avoir enregistré Our time in Eden en 1992, dernier et splendide album qui sera encore suivi d’une ultime prestation remarquable au MTV Umplugged.
Le groupe perd ensuite son âme en engageant une autre chanteuse. Natalie, elle, tourne la page et commence alors une carrière solo avec la sortie d’un premier album Tigerlily en 1994 dont la veine pop rock un rien commercial plait à l’Amérique. Il se vend à plusieurs millions d’exemplaire et lui permet d’amasser suffisamment d’argent pour pouvoir se faire plaisir dans le futur.
Car seize ans et trois remarquables albums plus tard (Ophélia 1997, Motherland 2001, The House Carpenter’s daughter 2003), elle nous revient avec un projet ambitieux qu’elle a présenté sur scène en toute simplicité.

Nathalie Merchant - crédit photo Ettlinger
A chaque époque ses enfants
C’est en prenant soin de sa fille que l’idée d’enregistrer un album de berceuse lui traverse l’esprit. Pour l’endormir, elle redécouvre les merveilles de la littérature enfantine de Mother Goose à Dave and the Goblins. Petit à petit, son projet prend de l’ampleur. Et l’album de berceuse deviendra un double album concept dans lequel elle arrange et interprète des textes patiemment choisis dans la poésie et la littérature anglo saxone, du 17è siècles à nos jours. Ces textes de Robert Louis Stevenson, E.E. Cummings, Walter de la Mare, Edward Lear, Robert Graves et bien d’autres évoquent tous l’enfance, ses plaisirs et sa prétendue insouciance mais aussi la grande angoisse de devoir un jour la quitter.
Une entreprise titanesque
Pour donner naissance à Leave your sleep Natalie Merchant s’est offert les moyens de ses ambitions. Elle a engagé quelques 130 musiciens (!!) et a produit elle-même ce disque qu’aucun label n’aurait pris en charge dans le contexte actuel. Elle a d’ailleurs revendu la maison qu’elle possédait à Hawaï pour pouvoir financer le projet jusqu’à son terme.
Et le résultat est impressionnant. Des dizaines de styles musicaux se croisent sur cet album conçu comme un voyage merveilleux dont la voix de Natalie est le plus beau des fil rouges. Musique de chambre, musique ancienne, jazz façon New Orleans mais aussi gospel, reggae, musique juive ou orientale, les étapes sont à la fois variées et délicieuses même si, du coup, l’ensemble manque forcément d’unité.
Un concert à fleur de peau
La réalisation de ce disque a demandé plus de 6 ans de travail. Natalie nous l’a présenté en 1h30 d’une grande simplicité. Accompagnée de deux guitaristes et d’une violoncelliste, les versions plus épurées n’en sont pas moins touchantes et aériennes. La star du soir ne se contente pas de chanter. Elle bat la mesure avec légèreté, prend possession de l’espace pour esquisser des pas des danses comme un enfant emporté par son imagination. Chaque chanson nous est présenté avec des bouts de biographie de chaque auteur et des photos d’époque. C’est original et très intéressant mais sans doute un peu long pour ceux qui ne maitrisent pas l’anglais.
Décidée à faire durer le plaisir, elle nous reviendra pour un rappel de 50 minutes composé de quelques-uns de ses plus beaux titres en version acoustique. Le magnifique Motherland, sans doute une des plus belle ballade jamais écrite, mais aussi Tell yourself qui raconte les difficultés d’une adolescente qui ne se trouve pas assez jolie. La boucle est bouclée. L’enfance et ses côtés obscurs auront été au cœur de cette soirée d’exception qui se termine par un Thank You reprit par un public aux anges et qui espère ne pas devoir attendre encore huit ans pour vibrer à nouveau au son d’une des plus belle voix de la musique rock folk actuelle.
Natalie Merchant Leave your sleep (Nonesuch/Warner)
Disponible en version simple (16 titres) ou intégrale (26 titres sur 2 cd et un livret explicatif illustré de 80 pages)
Deux best of sont également disponibles
Campfire song (2004, double cd, Warner) pour la période 10,000 Maniacs
Retrospective (2005, version simple ou double, Warner) pour la carrière solo
Pour la découvrir, retrouvez une performance live enregistrée récemment par nos confrères de la BBC Scotland
François Colinet


































