Francofolies de spa: au 2e jour, l’embarras du choix

Vendredi 23 juillet 2010

Traditionnellement le deuxième jour, on prend le rythme, on retrouve ses petites habitudes comme celle de se coucher très tard (après avoir écrit un long article rien que pour vous) et de se lever forcément un peu chiffonné le lendemain. Chiffonné certes mais heureux d’être là, de vivre à ce rythme particulier qui emmène nos oreilles de scènes en scènes au gré de notre humeur du moment.

Au réveil, le ciel est noir et la pluie tombe drue. Vu sous cet angle, on aurait peut être mieux fait de dormir une heure de plus! Quand on met courageusement le nez dehors, la pluie s’est sagement retirée estimant qu’elle en a fait assez. Nous n’osions l’espérer mais ces gouttes seront bien les seules de la journée. Le soleil s’imposera même par moment, nous offrant la lumière qui nous a cruellement manqué hier, à défaut de nous réchauffer.

La variété porte bien son nom!

A spa, on est sûr de trouver de la variété. De la variété d’univers, de style, d’attitude sur scène comme le prouve cette deuxième journée.

On arrive au village au son des chansons de Pierre Simon et de son énergie de « Titi » qui aurait pu être parisien s’il n’était bien de chez nous. Après avoir enflammé le dôme l’an dernier avec le très beau projet Clandestine, il y présente cette fois son projet solo. Une voix grave, presque rauque, un zeste de swing et le sens inné de la fête suffissent à enthousiasmer un public à la fois chaud et attentif. Les textes de Pierre Simon méritent en effet toute notre attention. Ils dépeignent sur des airs légers le quotidien dans la tradition des chansonniers réaliste. Avec l’esprit de fête en prime, cela donne un intéressant cocktail.

Les mélomanes curieux attendaient beaucoup de la prestation du groupe Mièle en milieu d’après midi. Mais leurs compositions pop rock ne nous aurons pas touchées à l’exception des très jolies envolées à la trompette. (C’est si rare une femme à la trompette!!) La voix de la chanteuse ressemble a s’y méprendre à celle de Lio. Trop strident, trop énervant, on passe son chemin après quelques chansons à peine. Mais, intrigué, on est prêt à leur donner une seconde chance dans de meilleures conditions acoustiques.

Si Mièle nous laisse perplexe, que dire alors de la prestation insipide d’Emmanuelle Seigner! La belle (?!) de Roman Polanski a beau débuter son set par le superbe thème du film Rosmary’s baby, la suite ne montre que failles et approximations. En anglais comme en français, son chant est poussif, ses textes d’une platitude à dormir et ses musiciens sauvent ce qu’ils peuvent avec un brin d’énergie. Sans être hautaine, elle n’arrive pas à nous toucher, elle ne dégage pas grand chose à part quelques manières et quelques accès de timidité. Pas glamour pour un sous, elle semble fatiguée par les récents événements de sa vie familiale et propose une musique mille fois entendue, à oublier très vite…

Dan San et Eté 67, qualité Made In Belgium

Les bonnes surprises de la journée sont belges. Ulcéré par la parodie de show d’Emmanuelle Seigner, on se sauve sous le Dôme pour y découvrir une belle surprise folk et belge Dan San.

Des harmonies de voix subtiles, trois guitares et un violon pour des compositions aériennes et délicieusement cool. Ces liégeois sont dans leur jardin pour présenter leur EP 7 titres Pillow qui vient de sortir. Le public est déchaine et la réussite est totale, de bon augure pour la suite.

Premier groupe à fouler la scène Pierre Rapsat cette année, les liégéois d’Eté 67 ont assuré à mort! Gérant parfaitement le stress de cette grande première, Nicolas Michaux et ses amis sont impressionnants de maitrise. Leur nouvel album Passer la frontière est un bijou en hommage aux grands espaces. L’harmonica et la voix nous emportent loin. En fin de parcours, la foule reprend avec grand bonheur leur premier tube Le café de la gare dont la mélodie est imparable et le texte d’une grande maturité. Avec cette deuxième tournée, ils prennent de l’envergure comme le prouve ce duo sur On nous cache tout, on nous dit rien lorsque Jacques Dutronc, la star du soir, rappelle Nicolas juste pour le plaisir, la grande classe. Vivement leur prochaine date avec un public rien que pour eux!

Art Mengo, fragile volupté…

On pourrait encore vous parler du trio pop electro hipe du moment, les Pony pony run run qui ont mis le feu au village peut avant 20h derrière leurs lunettes tendance et leurs claviers fous. C’est branché mais c’est bon, inventif, démonstratif et festif à la fois. Parfait pour un festival.

Du retour de Dutronc on ne sait pas dire grand chose n’ayant vu que les 20 dernières minutes d’un concert qui semblait assez explosif. Le Monsieur garde une voix étonnement impeccable et une prestance sur scène qui continue à faire sa légende. Le public repart ravi au bout de plus de deux heures au son d’un groupe très solide qui a visiblement enchaîné les tubes comme on enfile les perles d’un collier. On est content d’avoir vu un petit bout quand même…

Car si on n’en n’a pas vu davantage c’est parce qu’en même temps se déroulait un moment magique. Sous le dôme un homme ou plutôt un orfèvre et un accordéoniste en osmose complète. Art Mengo fait le voyage depuis sa ville rose pour nous offrir un réel moment de bonheur avec cette formule duo. Ces principaux succès ont plus de vingt ans, sa carrière a connu de grands mouvements de balancier, il a beaucoup écrit pour les autres mais c’est derrière un micro, avec ou sans piano, qu’il émeut aux larmes encore et toujours.

Art Mengo est un artiste fin, minutieux et terriblement sensuel. Ces chansons sont des bijoux et l’accordéon ce soir leur a offert un écrin splendide. Cet homme qui de son propre aveux n’a connu que trois succès d’estime dans les années 90 (Les parfums de sa vie, La mer n’existe pas et Parler d’amour en duo avec Utte Lemper) a compris que c’est dans la fragilité que réside l’essence de la création artistique, sans certitude ni prétention mais avec l’ambition intacte de toucher son public au cœur. Mission tellement bien accomplie ce soir au cours d’un concert qui restera gravé en bonne place dans la grand livre des souvenirs exceptionnels de l’histoire des Francofolies.

Des instants de grâce comme ça on en redemande demain!

François Colinet

Crédit photo Belga

Un commentaire sur “Francofolies de spa: au 2e jour, l’embarras du choix”

  1. Lionel dit :

    Cher François, Catherine de Mièle ne joue pas de la trompette mais bien du trombone à coulisse !
    J’espère que tu auras l’occasion de les revoir en concert, ce groupe vaut le coup d’oeil !