Non, toute la Belgique n’était pas en Outremeuse pour fêter le 15 août. Les amoureux de chansons intemporelles, de fables sans morale et de voyages musicaux ont répondu à l’appel du Brussels Summer Festival. Le cadre hors du temps du Mot des Arts et le répertoire foisonnant de Thomas Fersen invitent au dépaysement, et le voyage fut beau.
Pour la dernière date de leur tournée " Je suis au Paradis " avant un mois de vacances bien méritées, Fersen et ses musiciens semblaient bien décidés à faire la fête à Bruxelles. Les festivaliers venus en nombre, et souvent en famille, en ont eu pour leur argent. A 22 heures précises, les premières notes de ukulélé donnent le ton. La machine à raconter des histoires est remontée à bloc et rien ne semble l’arrêter en si bon chemin. Une heure trente de concert et deux rappels plus tard, le public bruxellois est sous le charme du prestidigitateur de mots. Magicien des mots, c’est bien le mot, qui sort de son chapeau des chansons finement ciselées et un univers tout personnel, étrange, drôle et fantasque à la fois.
Si la nuit de Fersen est romantiquement sombre et hantée de créatures tendrement effrayantes (on se prend parfois à penser à un Tim Burton à la française), le festin fut festif, et on s’est plus à entonner sans complexe des " Je jouis " avec un papy très vert. Thomas Fersen a plus d’un talent dans sa caboche. Multi-instrumentiste gouailleux (il passe de la guitare au piano, au ukulélé et au biniou), il se fait aussi conteur avec un joli poème en ode à ses fesses (sic), puis comédien, avec une interprétation presque bourvilesque de " Allons nous coucher ". Nous n’évoquons pas Bourvil par hasard. Ce mélange atypique de mélancolie douce et d’humour poétique habite l’oeuvre de Fersen depuis " Le Bal des Oiseaux ", et l’inscrit dans la liste brève mais dense des artistes qui font de la chanson française bien plus qu’un art mineur.
" La vérité, c'est que cette profession n'a rien à voir avec le culte de soi, on exerce un métier de service ", nous dit Thomas Fersen. Cette chaude incandescence sous la lune bruxelloise nous le confirme. Un intermède au pays de Thomas Fersen, c’est toujours bon pour le moral. Et si la morale est ailleurs, celle de Fersen est non occlusive et ouvre grand les portes du paradis.
Catherine Colard




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