A l’heure des premiers festivals d’été, le Belge mélomane devient le roi des supputations météorologiques: ‘pleuvra-pleuvra pas?’. On peut déjà affirmer que les Ardentes 2012 feront la pluie et le beau temps. Prémonitoire sans aucun doute, ce jeudi nous en a fait voir de toutes les couleurs. Et n’est-ce pas ce qu’on attend de la part d’un festival qui, à l’âge de raison, ose confronter les monstres sacrés à l’effervescence d’une scène émergente?
Côté découvertes, nous avons voyagé sous les soleils un peu moites d’un rock aux allures vintage défendu par Sallie Ford. La miss de Portland nous la joue pin-up nonchalante, mais ne vous fiez pas qu’à son look ’50! Cette fille a du répondant, et si sa voix éraillée peut évoquer les Bessie Smith ou Aretha Franklin, elle revisite ses classiques en passant sans sourciller du rockabilly au garage, sans oublier la touche de pop pour lier le tout, et le blues, qui sied si bien à cette torpeur de fin d’après-midi. Et ce n’est pas Mathias Malzieu, du groupe Dionysos, en balade avant son concert, qui vous dira le contraires.
Les Anglais de Birdpen, le projet de Dave Pen, l’une des voix du groupe culte Archive, se produisent quant à eux à l’abris de la salle HF6. Programmé un peu trop tôt, c’est malheureusement devant un public clairsemé que Birdpen défendra avec brio son second et nouvel album, " Global Lows ", produit à Manchester par Jim Spencer (Oasis, New Order, The Charlatans…). Leur rock sombre et délicat a séduit, mais aurait mérité une plus belle mise en avant. Ce n’est sans doute que partie remise, car ces sympathiques anglais entretiennent des liens privilégiés avec Liège...
A 17h, c’est sous une pluie battante que nous rejoignons l’Open Air, pour écouter Maverick Sabre. Maverick, aka Michael Stafford, aura vite fait de sabrer dans les nuages. Ce petit bonhomme au timbre de voix si particulier (le NME a vu en lui une version masculine d'Amy Winehouse) darde ses compositions soul et groovy comme autant de rayons de soleil.
A 21h, les Ting Tings nous feront oublier une prestation de la chanteuse Soko, plutôt décevante, et dont le répertoire pourtant séduisant sera sans doute à redécouvrir dans un cadre plus intimiste. On se demande toujours pourquoi Stéphanie Sokolinski a oublié de s’adresser à son public en Français...
Les Ting Tings, donc, sont eux vraiment taillés pour déchirer les festivals. L’ambiance monte, le public est plus que frémissant, et on peut dire que les hostilités festivalières ont réellement commencé. Entre entre pop accrocheuse et rock-indie diablement efficace, le duo sort la grosse artillerie avec notamment son tube " Shut up and Let Me Go ", repris par des festivaliers déjà conquis… Yeah!
Avant la prestation des Français de Dionysos et de Caravan Palace qui, après avoir fait dansé Couleur Café la semaine dernière, vont clôturer cette première journée avec un show électro-swing à 360 degrés, la soirée s’avance et voit débarquer une meute de quadras. C’est que deux monstres sacrés de ce qu’on appelle déjà le Classic Rock sont à l’affiche. C’est parti pour deux concerts d’anthologie, très fédérateurs, entre nostalgie et... nostalgie, avec Patti Smith et Morrissey.
Patti Smith, l’icône du punk rock, est de retour. Les inconditionnels de l’artiste new-yorkaise n’ont pas été déçus d’avoir affronté la foule parfois dissipée des Ardentes. Souriante, généreuse et charismatique à la fois, Patti Smith a créé la rencontre et dès les premières notes, la magie opère. Au fil d’une set-list intelligente et équilibrée entre classiques (l’inoubliable "Because The Night ", composé par Bruce Springsteen) et nouveaux titres, dont " April fool ", Patti Smith confirme que les monstres sacrés ont eux aussi une âme.
Autre monstre sacré, le très attendu Morrissey, ex-leader des Smiths, faut-il le rappeler, débarque sur l’Open Air avec sa vieille et très belle classe de cinquantenaire rebelle. " This charming man " croone et enchante aficionados et nouveaux convertis: la magie opère toujours, n’en déplaise aux sceptiques! The voice, c’est bien lui, le ‘Moz’, qui nous coule ses titres cultes entre les oreilles avec cette performance vocale impressionnante de justesse qui nous renverra à nos doux rêves d’adolescence, avec des frissons sous la peau...
Morrissey un jour, Morrissey toujours..
Catherine Colard




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