Des centaines de chansons populaires, pamphlets anti "boches", marches militaires, chansons d'amour ou à boire ont soutenu les Français pendant la Grande Guerre avant de tomber dans l'oubli. Radio France a enregistré une partie de ce répertoire centenaire, qui sera diffusé cet été sur ses antennes avant la parution d'un livre et d'un disque.

Pour retrouver les partitions, le producteur Bertrand Dicale s'est immergé dans les archives de la Bibliothèque Nationale et de la Bibliothèque Historique.

"En novembre 1918, on a arrêté de chanter ce répertoire. Les chansons sont restées dans les tiroirs et c'est quand on les ouvre qu'on comprend pourquoi, pendant quatre ans, les gens y sont allés, à l'avant, à l'arrière, dans les tranchées, dans les usines. Pourquoi dans les familles, dans les écoles, au nom de quels idéaux les Français ont tenu", raconte-t-il.

Pendant plusieurs semaines, 18 enfants de la Maîtrise et 24 adultes du Choeur de Radio France ont répété puis enregistré les chansons "de leurs grand-parents, voire arrière-grands parents", dit Marie-Noëlle Maerten, assistante chef de choeur auprès des plus jeunes.

"On a choisi des enfants de 10 à 12 ans, qui ont exactement l'âge des enfants qui chantaient ces chansons à l'époque."

Il y a cent ans, pas de télé ni de radio dans les foyers: "On chantait beaucoup, et on chantait aussi à l'école, avant d'entrer en classe. Il fallait se donner du courage, il fallait détester l'Allemand", explique-t-elle.

"La guerre, c'est cruel", dit d'une petite voix Clarisse, 10 ans. "Ca devait être très triste, tous ces pères qui partaient à la guerre, j'aimerais pas que ça m'arrive", opine Thadée, même âge.

"A l'époque, statistiquement dans chaque classe on avait au moins deux enfants qui avaient perdu leur père à la guerre", rappelle Bertrand Dicale. "Il y avait une certaine psychologie chez les instituteurs de l'époque, qui faisaient partager le deuil avec ces chansons."

Les jambons du Kaiser

A côté de "La lettre du petit garçon" et de "Maman attend le facteur", d'une tristesse à fendre le coeur, des parodies appellent gaiement à "chasser les barbares" sur l'air de "Auprès de ma blonde". On y mange la choucroute avec "les jambons" du Kaiser Guillaume II, et on "va boire sa bière jusqu'en Bavière".

Si le répertoire confié aux enfants, plutôt poétique, ne fait pas mention des "boches" et autres "pruscots", il en va tout autrement chez les adultes. "Les boches c'est comme des rats, plus on en tue, plus il y en a", proclame ainsi une chanson de Vincent Scotto. "Il y a des chansons terribles dans leur haine du boche", souligne Bertrand Discale.

"On a écarté tout un répertoire scatologique et homophobe virulent, l'homophobie devient démente pendant la guerre et ce, dans toute l'Europe."

Egalement écartées du CD envisagé, les chansons racistes comme cette "Marche du 1er régiment de zouaves", où le texte en "petit nègre" reprend en choeur: "Pan Pan l'Arbi, moi suis content voir Paris". "Toi li Français, c'est kif kif bon Dieu" entend-on dans la chanson de ce régiment de zouaves d'origine algérienne qui a combattu à Verdun.

Chose étonnante, c'est Gaston Mardochée Brunswick, dit Montéhus, un enfant de la Commune auteur de grandes chansons ouvrières comme "Gloire au 17e" et "La Butte rouge" qui signe ce "Pan Pan l'Arbi".

"On essaie d'apporter du recul", souligne le ténor Arnaud Vabois. "On peut considérer qu'il y avait à l'époque une sorte de lavage de cerveau dans ces mélodies."

Bertrand Dicale y voit "un extraordinaire miroir de la conscience française de 14-18". Il va raconter tout l'été, dans des chroniques diffusées chaque jour sur France Bleu et France Info, ces chansons d'une France couleur sépia, patriote, naïve et sentimentale, mais aussi homophobe, xénophobe et où la place des femmes, après la parenthèse de la guerre, est de "s'occuper de leurs hommes au foyer".

 

AFP Relax News

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