Malgré une météo globalement grise et humide et une période de crise peu propice à la dépense de loisirs, ces 17e Francofolies furent une belle réussite. Les organisateurs, ravis du challenge relevé, annoncent 175000 spectateurs sur l’ensemble des scènes et des bars en folie.
Et c’est vrai qu’il y avait du monde, beaucoup beaucoup de monde dans les allées de la ville d’eau. Ce succès s’explique tant par le notoriété énorme du festival (près de 1000 professionnels presse accrédités!!) que par une programmation de grande qualité, surtout dans le village qui n’a jamais proposé autant d’artistes de renom dans une variété de styles remarquable.
Daran et Ibrahim classieux, Obispo généreux
Samedi on a eu droit à une journée complète de soleil, ça fait du bien par où ça passe!
On démarre délicatement par le concert intimiste de Ludéal, nouvelle voix venue de Paris avec dans ses bagages, deux charmantes musiciennes et un cajon magique (instrument de percussion contenant des cordes internes pour accentuer la vibration). Son premier single Allez l’amour commence à tourner en radio. Son univers est feutré et frais, belle voix et belle atmosphère, un homme à suivre.
La claque de l’après midi viendra des cordes vocales de Daran, quelle voix!! Habitué des festivités spadoises, son best of Couvert de poussière est sorti l’an dernier et contient des nouveaux arrangements de ses morceaux phares dont le génial Dormir dehors qui fit sa popularité il y a déjà 15 ans et qu’il reprend toujours avec autant d’aplomb et de générosité pour un public fidèle et forcément ravi. Daran ne remplit pas des Zénith mais sa musique est classieuse, savant alliage de puissance et de finesse.! A découvrir absolument si ce n’est déjà fait.
Grande classe aussi pour le concert d’Ibrahim Maalouf, le virtuose de la trompette a 4 pistons. Il doit cette invention à son papa qui a ainsi trouvé le moyen de rendre au mieux les sonorités orientales. Un voyage jazz multiculturel avec des musiciens de haut vol dans un salon bleu magique d’intimité mais bien trop petit pour la circonstance. Une merveille pour mélomane à l’esprit ouvert.
Du coup, on a raté la première demi heure d’Obispo sur la grande scène. Pas grave vu qu’il jouera deux heures trente! Et puis surtout, on évite la mise en bouche Captain samourai flower où école semble avoir rimé avec mégalo sur fond de dessin animé et de banquise qui fond. On est arrivé pour l’entendre massacrer Le paradis blanc de Michel Berger.
Soyons toutefois de bon compte, la suite est de toute bonne facture. Bonne énergie, musiciens excessivement capables et quelques tubes bien sentis au milieu de quelques mélodies certes soporifiques. Mais il faut arrêter d’être condescendant avec ce genre d’artiste populaire dont le premier objectif est de donner du bonheur aux gens. Vu les sourires à la sortie, le contrat est plus que rempli et nous, on a pris du plaisir à réentendre quelques vieilleries qu’on adorait il y a 10 ans. Pas besoin de tout brûler, c’est chouette de dépoussiérer les souvenirs.
Les Puggy entreront ils dans l’histoire du rock?
Quelques heures de sommeil plus tard, le ciel est à nouveau gris chagrin mais notre enthousiasme ne faiblit pas! Après quelques notes très groovy de la québecoise Tricia Foster, (pas vu assez longtemps pour émettre un avis) on file aux francos juniors où les Chili pom pom pee invitent les plus petits à découvrir l’histoire du rock. L’idée est simple mais très chouette. On remonte le temps depuis Elvis Pretley jusqu’au White Stripes en racontant l’évolution du rock et de son contexte avec des mots simples mais pas gaga. On passe du 78 tours au MP3 en reprenant en cœur et en live les Beattles, les Stones bien sûr mais aussi U2 après les Sex Pistols et avant Nirvana (un spectacle jeune public où l’on reprend God save the queen et Smell like teen spirit quel culot!)
Les spectacles jeune public nous ont toujours attiré et on ne peut que souligner à la fois la qualité des spectacles proposés depuis 15 ans et l’extrême importance de cette opportunité pour des artistes méconnus. Ils jouent ici dans le magnifique Petit Théâtre et profite de l’engouement autour du festival. L’esprit de découverte didactique et ludique de ce spectacle sur l’histoire du rock nous a en plus franchement séduit.
Pour la dernière soirée, des retrouvailles et une grande claque finale. Des retrouvailles d’abord avec le fantasque Thomas Fersen. Il a déjà arpenté plusieurs scènes francofolles et se retrouve cette fois dans la grande foule du village pour défendre son dernier album 3 petits tours ainsi que quelques inédits. L’homme est toujours aussi lunaire, diablement attachant et ses textes parmi les plus fins de la planète chansonnière. Mais le lieu ne convient pas vraiment à ses étourderies animalières. Sans se démonter, il met le paquet pour convaincre malgré tout les sceptiques. Mais l’endroit est trop bruyant et les gens trop dissipés pour apprécier, une fois passés les premiers rangs de fans assidus. Dommage!
Vient alors le bouquet final avec le concert du groupe Puggy. Chanteur anglais, bassiste français et batteur suédois, tous basés à Bruxelles, un cocktail explosif promis à un avenir radieux! Parti de presque rien, un album autoproduit en 2008, ces trois lascars qui se sont rencontrés dans une école de musique à Anvers sont en train de casser la baraque. C’est du rock à la fois puissant et subtil, une voix splendide, une énergie incroyable et une modestie touchante. Bref du tout bon! Ils ont tout retourné sur leur passage. Des mélodies accrocheuses et une énergie gigantesque qui donne pour nous sans hésiter la révélation du festival! Leur deuxième album sort le 23 août chez Universal, la gloire n’est pas loin. On en reparle très prochainement…
Avant de refermer cette édition 2010, on a prit le temps d’écouter quelques morceaux des revenants de K’s Choice. La voix de Sarah Bettens est toujours aussi impeccable malgré la longue pause carrière que le groupe s’est imposé. On prend plaisir à réécouter les I believe in me et autres Not an addict. Nos goûts ont évolué mais c’est comme pour Obispo, il serait ridicule de brûler ce qu’on a aimé. On termine donc ces 5 jours de plaisirs musicaux sur une agréable petite note de nostalgie.
Demain, retrouvez sur ces pages nos coups de cœur et toutes les infos pour pouvoir les suivre de près, bonnes découvertes!
François Colinet







































Il y’a des commentaires qui laissent un goût un peu amer en bouche (pas seulement ici). Les journalistes semblent découvrir Puggy, alors que tous les gens un peu curieux de l’actualité musicale belge savent depuis un à deux ans tout le bien qu’il faut en penser! A ce compte-là, l’année prochaine, les mêmes journalistes découvriront Triggerfinger !!!
Quant à s’étonner que Sarah Bettens chante toujours aussi bien « malgré » sa parenthèse, c’est oublier un peu vite (ignorer?) que la dite parenthèse a été utilisée à une carrière US solo loin d’être ridicule …