Concours Reine Elisabeth 2010: au seuil de la finale

Mardi 18 mai 2010

L’affrontement prévisible entre musiciens d’anciens pays du pacte de Varsovie (Russes, Letton, Bulgare) et ceux venus d’Extrême-Orient (dont les cinq Coréens) était déjà dans l’air au seuil des demi-finales.

José van Dam à qui l’on avait demandé son avis aux sujet de la forte délégation venue du pays du matin calme avait répondu « ce sont des bosseurs ! ». Résultat, ils (et elle) sont tous passés, avec cependant – et heureusement – des tempéraments nettement différents, du premier de classe à la mâle assurance, au funambule doté d’un sens rhétorique et d’une certaine sauvagerie, sans oublier une des deux seules jeunes femmes à accéder à la finale, Kim Kyu Yeon, qui a donné un concerto de Mozart des plus éveillés, en alliant bonne humeur et résolution.

On notera une présence inattendue dans ce peloton de pianistes tous rôdés aux plus redoutables chausse-trapes : celle du Néerlandais Hannes Minnaar, musicien qui aborde les œuvres pour piano seul dans des tons très pastel, à l’inverse du concerto de Mozart qu’il a enlevé avec plus de vigueur.

 Enfin, on soulignera la présence en finale des deux pianistes, à notre entendement, les plus constants dans les deux parties de la demi-finale : Youri Favorin (Russie), qui a l’étoffe d’un artiste hors normes (et sensible à la modernité puisqu’il avait inscrit Boulez dans une des ses deux propositions de récital), se révèle phénoménal par sa puissance, son endurance et sa palette sonore (il semble avoir donné l’imposé de Jean-Luc Fafchamps de la manière la plus inventive et riche, aux dires-mêmes du compositeur). Quant au Bulgare Evgeni Bozhanov, dont on a remarqué les gestes et les mimiques quasi convulsifs, il s’avère être un des concurrents les plus inspirés, non pas de manière romantique et les yeux perdus dans un improbable ailleurs, mais dans une approche renouvelée à chaque œuvre qu’il joue : Chopin frémissant d’irisations dans un Nocturne, mais nettement contrasté dans la 3ème  sonate, Mozart visité à la lumière de Scarlatti et avec le zeste d’insolence nécessaire, le tout habité par un sens de la tension et de la détente exceptionnel.

Philippe Dewolf

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