Nocturnes

Dimanche 29 janvier 2012

La création littéraire comme toile de fond d’une bande dessinée envoûtante.

La bande dessinée, depuis qu’elle a droit de cité dans l’univers de la littérature, ne se contente plus de raconter des histoires linéaires, simples, compréhensibles dès la première case.

Si elle aime s’aventurer dans des domaines habituellement réservés à d’autres medias artistiques, touchant ainsi parfois au journalisme, au roman dit graphique, elle n’a cependant pas encore, me semble-t-il, osé plonger dans ce qu’est ou ce que peut être le processus créatif. Voilà pourquoi « Nocturnes » de Clarke est, dès l’abord, déroutant… et passionnant.

Créer, imaginer, inventer, écrire… D’où vient cette inspiration qui, chez un auteur, le pousse à mettre en scène,  en existence, des personnages différenciés tant dans leur quotidien que dans leurs attentes, leurs espérances, leurs passés, leurs devenirs? Flaubert disait, en son temps, que Madame Bovary, c’était lui!

Dans Nocturnes, un évrivain se meurt… Mais on ne vit cette lente agonie qu’au travers des personnages qui peuplent le livre qu’il est en train d’écrire, et qu’il ne terminera sans doute jamais. Ces personnages vivent dans un village qui, lentement, se dissout dans le néant. Des pans entiers de la réalité disparaissent… Des êtres humains, également, perdent d’abord la mémoire avant de s’enfouir, oubliés à leur tour, dans un ailleurs improbable.

Comme dans toute société, ce groupe de vivants condamnés inexorablement à la disparition connaît l’horreur des silences trop lourds, la violence des conflits de personnes, la hantise de l’absence, la pesante solitude des non-dits… Et l’inconscience des passés qui cherchent sans cesse à restaurer au présent les secrets d’hier…

On connaissait Clarke dans d’autres domaines de la bande dessinée… « Cosa nostra », par exemple, qui n’était pas une vraie réussite, Mélusine, une bonne série tous publics, « Histoires à lunettes », une série à l’humour souvent décalé… On ne l’attendait pas dans cette espèce d’introspection artistique. Et son talent s’y révèle sans failles. Talent de scénariste, d’abord, réussissant à mêler intimement, dans une histoire prenante, le réel et l’irréel, l’imaginaire et la souvenance… Talent de dessinateur, ensuite, avec un graphisme clair, sans fioritures, parfaitement évocateur de l’histoire racontée…

Il faut, en bande dessinée comme en tout, oser sortir des sentiers battus, oser rompre avec les routines. Et il vous faut donc, sans plus tarder, découvrir cette nouvelle facette d’un dessinateur-scénariste, Clarke, qui, à mon avis, n’a pas fini de nous surprendre…

Jacques Schraûwen

 

Nocturnes: signé Clarke – Editions Le Lombard

Un commentaire sur “Nocturnes”

  1. Annick dit :

    Aaah, contente de voir une deuxième critique positive de cette BD (la première étant dans le journal du métro si je ne me trompe). Je suis très tentée de la lire, elle me semble vraiment intéressante.