On le joue 250 à 300 soirs par an, quelque part dans le monde. On le lit dans plus de cinquante pays. Eric-Emmanuel Schmitt est l’un des poids lourds de l’édition. Et ce n’est pas son physique de tendre boxeur qui le démentira. Avec lui, pourtant, la rencontre est toujours feutrée. EES parle en velours. Et écrit en soie.
Ce n’est pas notre première rencontre. Loin de là. Mais la première, peut-être, où nous prenons le temps. Encore que prendre le temps, avec Schmitt, relève de la vue de l’esprit. Cet homme-là n’a le temps de rien. Il vit tranquillement dans l’urgence, fébrilement dans la sérénité. Il sait que le temps joue pour lui. Sa notoriété est croissante, elle fait tâche d’huile dans les pays de moins en moins nombreux où on ne le connaît pas encore. Il pourrait arrêter d’écrire. Gérer son patrimoine « en bon père de famille ». Mais il y a les livres, les pièces, la création. Le cinéma qu’il essaie comme une autre forme d’écriture, avec plus ou moins de bonheur. Aujourd’hui à Bruxelles, demain à Rome, après-demain à Moscou. Ou à Santiago. Schmitt est toujours entre deux avions, deux trains et six projets. Mais quand il s’assied pour parler de lui, avec ses sourires pleins de dents et ses yeux pleins de battements de cils, il sait vous faire croire qu’il a tout son temps pour vous.
Du théâtre au roman, il y a une chose qui agite ce philosophe mystique : la vie. La vie et ses mystères. N’en dire pas trop, ronger la phrase jusqu’à l’os. Et renvoyer le lecteur à lui-même. Pour lui, l’essence de l’écriture, c’est ça : confronter la philosophie à la chair, au vivant. Et y glisser une pointe de merveilleux parce que, tout de même, il ne se lasse pas d’être optimiste.
Eric-Emmanuel Schmitt est universel et il le sait. Parce qu’il est singulier. Parce qu’il a choisi la simplicité plutôt que le simplisme dans l’écriture. Parce qu’il avoue qu’écrire est un don. Et qu’il le met au service d’histoires qui n’appartiennent qu’à lui. Des histoires où plane parfois l’ombre de Sainte Rita, la patronne des causes désespérées. Il n’a pas dû la prier souvent. Sa cause, à lui, était réglée d’avance, ou presque. Le reste, c’est du travail. Et de l’organisation. Beaucoup d’organisation. Car aujourd’hui, EES est une mini-entreprise et il l’assume.
Thierry Bellefroid
Mille-Feuilles, c’est ce mardi 1er juin à 22h55 sur La Deux.
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