Les merveilles, le nouveau roman de Claire Castillon

Mercredi 1 février 2012

« C’est la mort de mon chien qui a déclenché l’écriture de ce roman. Cela m’a fait si mal que j’ai eu envie de lui écrire un livre. Mais sachant que ce n’était pas possible, j’ai écrit ce début d’histoire sur l’enfance Évelyne, et soudain j’ai trouvé un fait divers qui pouvait entrer dans la logique du personnage ».

Christine Pinchart a rencontré Claire Castillon

Claire Castillon © X.Lambours

Claire Castillon © X.Lambours

Christine Pinchart : Évelyne vit depuis l’enfance avec une blessure qui va déterminer tout son parcours ?

Claire Castillon : Alors qu’elle est enfant, son père torture son chien, parce que les voisins se plaignent du bruit qu’il fait. Il l’accroche à la voiture et le fait courir pour lui faire perdre ses forces et sa voix, et pour qu’il arrête d’aboyer.

Ce n’est pas raisonné, c’est instinctif ?

Claire Castillon : Non, non, ce n’est ni rationnel, ni raisonné. Il s’énerve, il agit de la sorte, et l’enfant est témoin de la scène. Elle est complètement ravagée par la vision de ce chien mutilé, et à partir de là, elle développe une espèce de crise. Elle déteste son père, elle déteste les hommes, et en-dehors de son chien, plus rien ne compte, jusqu’à ce qu’il meurt.

Finalement, elle le remplace par un mari, et elle part vivre comme une vraie femme, en se demandant si l’âge adulte va l’emmener vers quelque chose de plus gai. Et puis non, pas vraiment parce qu’elle s’ennuie avec son mari et sa fille. Alors elle décide de devenir prostituée à domicile, parce que c’est plus agréable que faire des ménages et qu’on on gagne mieux et plus vite sa vie.

Ça donne des scènes parfois cocasses ?

Claire Castillon : Oui, son approche de la prostitution rend les choses un peu folles. Elle fait cela comme elle irait au musée, en ayant l’impression qu’elle va se cultiver. Elle rencontre des gens bien, qui lui parlent comme si elle était une personne normale. Ça lui plaît et ça la transporte.

Elle vit les choses en profondeur et elle est entourée de gens qui sont dans une forme de légèreté et qui agissent sans réflexion. Cela crée un paradoxe ?

Claire Castillon : Quand vous me le dites oui, mais ce n’était pas spécialement voulu. On est vraiment dans la tête du personnage, et on comprend comment marche sa violence, sa timidité, son retrait. .. Autour d’elle, on a en effet le regard qu’elle porte sur les autres, qui est massif. Il y a autour d’elle une masse de gens avec un cerveau global, et elle ne saisit pas les nuances chez les gens. Elle peut mettre du beau dans quelque chose de sordide, mais je ne pense pas qu’elle saisisse les palettes. Alors que nous, à la fin du livre, on connaît beaucoup de choses d’elle.

Elle va vivre une relation amoureuse brève, à l’âge de 13 ans, avec un adulte qui va influencer aussi sa vie ?

Claire Castillon : C’est un ami de son père, qui s’appelle Jo Vander et qu’elle rencontre à la maison. Elle décide que ce sera Jo Vander qui fera d’elle une femme et elle se jette dessus. Elle lui fait croire qu’elle a 17 ans alors qu’elle en a treize, il en profite et elle est totalement consentante. Elle va même se servir de lui, et ce qui m’étonnait pendant que j’écrivais, c’était de voir à quel point elle était déjà femme, et tellement enfant, tellement blessée, il y avait toutes les voix qui venaient à ce moment-là en fait. Ça m’a bien amusée de l’écrire.

On la visualise très bien, donc on l’observe et on la trouve déterminée. Elle fait des choix et elle arrive à ses objectifs. Ce qui fait dire qu’ils auraient pu être plus nobles ?

Claire Castillon : C’est parfois une espèce de démonstration et par l’absurde, et par l’étrange. Elle arrive à faire ce qu’elle décide, avec peu de principes en général, et avec les méthodes qui sont les siennes. Aller faire du strip-tease ça va plus vite qu’aller faire du baby-sitting, donc elle y va et dès qu’elle est dans l’action pour faire ou avoir, elle est très sereine. Et je pense qu’elle ne voit, pour le coup à ce moment-là, ni le bien ni le mal.

Il y a de temps en temps une phrase qui fait dire qu’elle peut ressentir quand elle est bien. On perçoit l’émotion et ce que pourrait être la douceur de la vie ?

Claire Castillon : Elle a des moments de calme dans la tête et de vraie volupté. On dirait des moments d’apaisement, où elle constate vu de l’extérieur que ce n’est pas si mal d’avoir ce mari et cette fille et que c’est assez doux. Bien sûr elle préférerait une existence plus ample, avec des rencontres plus majestueuses, mais tout cela lui laisse le temps de respirer et de se dire, c’est pas si mal !

Un roman cruel et doux à la fois, noir et brillant sous les projecteurs de l’espoir. Claire Castillon maîtrise la langue pour mieux la réinventer et nous captiver.

Christine Pinchart

« Les merveilles » de Claire Castillon, chez Grasset

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