Ghost

Lundi 20 février 2012

Un ex-flic paumé, quelques cadavres, et le passé en guise de fantôme. Une ville américaine perdue dans la pluie, le brouillard et la grisaille.

« En enfer, il pleut des larmes. Des nuages chargés de remords qui pissent de l’acide brûlant. Aucun refuge. Pas de salut. » Dans cet enfer urbain, un ex-flic, Ghost, reconverti en détective privé, prêt à se tirer une balle dans la bouche entre deux bouteilles d’alcool. Et un tueur en série, que le FBI a nommé « Cisaille », qui joue avec cet ancien policier et semble vouloir l’attirer dans des pièges sombres comme la nuit qui envahit sa mémoire.

La télévision nous a habitués, depuis quelques années déjà, à ces tueurs en série qui finissent par se faire arrêter, moins par la puissance d’une enquête humaine que par l’efficace solidité de la science. Face à l’horreur la plus crue, la plus incompréhensible, la plus froide, les scénaristes de ces séries qui fleurissent aux quatre coins de la planète médiatique choisissent de plus en plus d’opposer une autre froideur, celle des analyses scientifiques qui mènent, inexorablement à la découverte de la vérité. Ne mettent-ils pas ainsi face à face deux déshumanisations qui finissent par se ressembler?

Dans cet album de bd, la science est présente, certes, mais au second plan, à l’arrière des gestes humains et des pensées qu’ils peuvent relayer, créer, recréer. Au centre de tout, il y a l’homme et ses dérives, ses remords, ses regrets, ses angoisses. Et même si les thèmes propres à ce genre de récit, l’amitié et la trahison par exemple, sont présents, ce qui compte avant tout, dans cet album, c’est l’irrationnel. Le rêve. Le cauchemar. Et si le personnage central s’appelle Ghost, c’est sans doute parce qu’il est hanté par une fantomatique présence.

Le ton de cet album, vous l’aurez compris, est assez neuf. Le dessin d’Andrea Mutti colle parfaitement aux ambiances sombres, désespérées et désespérantes que le scénariste Diego Cajelli a imposées à une intrigue dans laquelle le lecteur se perd parfois pour mieux replonger ensuite. Il y a dans le graphisme de Mutti une évidente influence des « comics » américains, de Frank Miller entre autres. Mais le scénario, lui, échappe aux poncifs du genre et des habitudes d’outre-Atlantique.

Au total, donc, un livre intéressant, qui se lit avec plaisir, avec étonnement parfois, et qui, fort heureusement, nous éloigne des sempiternels experts et leurs magiques sciences.

Jacques Schraûwen

Ghost – Dessin: Mutti – Scénario: Cajelli – Editions Ankama

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