" Double identité ", de Didier van Cauwelaert
RENCONTRES LITTERAIRES | jeudi 7 juin 2012 à 11h02
Christine Pinchart a rencontré Didier van Cauwelaert qui publie un nouveau roman, chez Albin Michel. Depuis plusieurs années, cette ambiguïté de l’identité vous obsède ?
Didier van Cauwelaert : Oui, augmenter le champ des possibles, et savoir si avec ce que l’on pense être notre personnalité, notre identité, on ne peut pas faire beaucoup plus de choses qu’on ne l’imagine. Notamment vivre la vie d’un autre qu’on a choisi ; c’est-à-dire modifier ce qu’on est, de manière à être véritablement soi-même. On a pu passer à côté de soi très longtemps et tout à coup, se dire qu’une fausse identité peut être la clé de votre véritable nature, c’est le point de début de l’histoire. Alors il faut des déclencheurs, et dans le livre c’est l’amour qui est ce déclencheur.
La science et la botanique aussi, ce sont deux choses que vous aviez déjà abordées. Je me souviens d’un roman dans lequel une plante avait frissonné, en reconnaissant l’assassin ?
En effet, le témoignage d’une plante avait été jugé recevable par un tribunal du Wisconsin, parce qu’il y avait eu un meurtre dans une serre et que les plantes avaient été blessées. Comme il n’y avait pas de témoin, quelqu’un avait eu l’idée de brancher des électrodes sur les plantes, et d’observer leur réaction en faisant passer des suspects.
Et tout à coup il y a eu une réaction terrible à l’entrée d’un homme, et cet homme est passé aux aveux. C’est comme cela que le témoignage a été jugé recevable, simplement parce que l’homme avait blessé les plantes et que les plantes ont cette mémoire-là.
Et ce botaniste, Martin Harris qui est au centre du livre, cet homme qui est mort, laisse une femme dont le narrateur va tomber amoureux, surtout qu’il l’a aimée avant de la connaître puisqu’il était chargé de se faire passer pour Martin Harris. Du coup cet homme faux arrive dans la vraie maison et devant la vraie femme de cet homme dont il a volé l’identité, et par amour pour cette femme il va essayer de réaliser le dernier rêve, le dernier but impossible que s’était donné cet homme.
Cette plante au cœur de l’histoire vous permet de dénoncer l’absurdité de notre siècle. Une plante qui pourrait faire de grandes choses et qui sera utilisée à mauvais escient ?
Oui, cette plante qu’étudiait Martin est une plante d’Amazonie, qui donne d’excellents résultats sur le cancer, notamment sur les tumeurs du cerveau ; mais cette plante a une autre propriété. Si au lieu de l’ingérer, on la tartine sur la peau, c’est le plus efficace des antirides. Malheureusement il est possible de prendre des brevets sur les propriétés d’une plante à condition qu’elle n’ait jamais fait l’objet d’une publication. Et là comme il s’agit d’un savoir oral, chez les Indiens d’Amazonie, cette plante est libre de tous droits et peut être volée par cette multinationale dont je parle. C’était le dernier combat de Martin Harris et c’est le défi que va relever le narrateur.
Les objectifs des personnages vont converger, avec des motivations différentes au départ. C’est intéressant de voir grandir les connaissances des personnages du roman ?
Oui, ce qui compte c’est le résultat, et parfois on peut faire par égoïsme ou par amour quelque chose qui va avoir un retentissement très important. Les raisons secrètes d’une action ça regarde chacun, ce qui compte c’est le résultat.
On a des moments de frissons quand on découvre la manigance dans laquelle on peut vivre innocemment. La CIA en a fait souvent la démonstration, et on la retrouve dans le livre, sur des terrains qu’on ne soupçonne pas ?
Oui, je pense qu’on disait autrefois, le bon sens c’est ce qui est universellement partagé. Mais de plus en plus c’est le cynisme et la bonne conscience qui sont universellement partagés. Là en l’occurrence le narrateur faisait partie d’une cellule secrète de la CIA, et il éliminait les personnes contraires aux intérêts supérieurs de la nation. Et cet homme qui a été une machine à tuer va simplement trouver les clés de la rédemption, d’une manière particulière; c’est-à-dire en s’attaquant à encore plus méchant, comme cette multinationale, qui va prendre le brevet de ces plantes qui vont rapporter des milliards. Parce qu’il faut savoir qu’aujourd’hui les USA ne vivent que des brevets, ils ne produisent plus grand-chose, et les brevets pris sur les plantes sont des sources de revenus extraordinaires. Et lorsque c’est volé à un peuple d’Amazonie en faisant mourir des populations, en grillageant la forêt, c’est aussi quelque chose qui existe dans la réalité. Alors les solutions que mon personnage va trouver pour sauver cette plante et ces Indiens, sont applicables dans la réalité, m’a-t-on dit. Mais je laisse à ceux qui n’ont pas encore lu le livre, le soin de le découvrir.
Vous vous passionnez de plus en plus pour ce domaine de la botanique ?
Oui, ça me parle, et ce qui paraît le plus incroyable dans le livre est vrai. La manière dont ces Indiens d’Amazonie reçoivent l’information de la part de ces plantes, même si ça prête à sourire, est impressionnant. L’être humain a perdu cette capacité de connexion avec le monde végétal et animal.
Quelle est la genèse du livre ?
Moi, je commence par inventer d’abord, et ensuite je vais vérifier. Je fais confiance à l’imaginaire pur, qui me permet d’aller plus loin qu’une documentation quelle qu’elle soit. Mais après je vais vérifier, et puis les personnes qui soutiennent les Peuples Premiers, et la forêt amazonienne se sont adressés à moi parce qu’ils avaient lu mon livre et ils m’ont demandé de les aider. Je les aide de manière plus concrète et financière, mais également à travers mes livres et une histoire qui touche. Et je pense que cette aide est importante aussi.
Brillant dans l’écriture, et dans la construction de l’intrigue. L’exploration du thème du dédoublement de personnalité, ne semble pas avoir de limites pour Didier van Cauwelaert.
Christine Pinchart
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Didier van Cauwelaert
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Double identité, de Didier van Cauwelaert
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