Big K: 1. L’appel du sang

Mardi 24 janvier 2012

Un livre noir, une bd coup-de-poing. Comment définir la littérature « noire »? C’est une littérature qui va au-delà du simple polar, qui s’enfouit aux routines de l’horreur quotidienne, qui met en scène des personnages dont la marginalité n’évoque aucune sympathie, les entraînant dans un univers d’où toute pitié est absente, par définition. C’est un genre sombre, désespéré, désespérant. Et Big K fait incontestablement partie de ce genre littéraire…

Nous sommes en 1977, à New York. Big K est un tueur à gages… Un tueur impitoyable, incapable du moindre sentiment. Il est sans attaches, sans d’autres horizons que ceux de la violence qu’il assume, pour laquelle il est payé, une violence qu’il démultiplie à force d’y prendre un plaisir profond, enfoui dans les méandres de ses souvenirs d’enfance.

Bien plus qu’une « histoire », ce à quoi nous invite, vicieusement, cet album, c’est à suivre l’existence de ce tueur, dans la moindre de ses démesures, des démesures proportionnelles à la cité inhumaine qui l’a engendré et dans laquelle il ne vit et survit qu’en tuant.

Big K est un tueur à gages, mais c’est surtout un tueur en série qui s’accomplit et se découvre, se redécouvre sans cesse, au travers de ses crimes.

On le regarde agir, on frémit devant la froideur de ses actes, on ne comprend pas, on n’accepte pas, mais on est comme subjugué, étrangement, par ce personnage hors du commun, subsistant en dehors de toutes les règles qu’il ne s’est pas fixées lui-même.

Le scénario, signé par Fabian Ptoma, suit le présent de Big K, tout en s’aventurant dans son passé. Ils nous montre un anti-héros absolument répugnant, mais nous ouvre quelques pistes de compréhension, nous laissant même découvrir, chez ce monstre urbain, un peu d’humanité.

Si le découpage scénographique de Big K est traditionnel, le graphisme de Nicolas Duchêne est redoutablement efficace. La frigidité active du personnage central est parfaitement restituée par les traits vifs et réalistes de ce dessinateur belge, et la colorisation de Tanja Cinna accentue sans effets inutiles l’ambiance qui baigne cette histoire.

En lisant ce livre, on se plonge, comme rarement en bande dessinée, dans un univers glauque qui nie toutes les références que nous pouvons avoir avec le réel, avec notre réel. Et c’est ce qui fait sa force, sa puissance, son intérêt.

Big K en est à sa première apparition… De quoi nous permettre de faire sa connaissance… En attendant de mieux le connaître encore, dans les opus qui vont suivre, de mieux le connaitre, oui, tout en sachant que ces découvertes ne pourront qu’être aussi noires que la nuit qui semble habiter son âme, ses présents et ses souvenances…

Jacques Schraûwen

Big K: 1. L’appel du sang (dessin: Nicolas Duchêne – scénario: Fabian Ptoma – éditeur: Casterman)

Un commentaire sur “Big K: 1. L’appel du sang”

  1. Annick dit :

    Suivre un tueur en série et en arriver à comprendre ses raisons (sans toutefois les accepter)… Un peu comme Dexter ? Sauf que le héros ici a l’air nettement moins sympathique !