Les critiques d'Hugues Dayez avec " Nocturnal Animals ", le retour de Tom Ford au cinéma

Le nom de Tom Ford est d’abord associé à la haute couture et aux parfums… Mais il y a huit ans, Ford surprenait tout le monde avec un magnifique premier film, "A single man" avec Colin Firth. Aujourd’hui, il revient avec "Nocturnal Animals", Lion d’Argent au Festival de Venise.

Susan (Amy Adams) est directrice d’une galerie d’art contemporain à Los Angeles. Belle et riche, elle a tout pour être heureuse, et pourtant, elle se sent seule, abandonnée par son mari… Un jour, elle reçoit un colis qui la bouleverse : il contient les épreuves d’un roman que son ex-mari lui a dédié, intitulé "Nocturnal Animals". La lecture de ce polar inquiétant entraîne Susan à s’interroger sur son propre parcours, sur ses failles et sur ses erreurs…

Ce film est un véritable puzzle puisque Ford entremêle les images de la vie présente et passée de Susan, et les images mentales du roman qu’elle est en train de lire – c’est pour cela que le héros du roman a les traits de son ex-mari (incarné par Jake Gyllenhaal). Mais le résultat, qui aurait pu être confus, est d’une fluidité subtile, car on sent que Tom Ford maîtrise le moindre détail de son film. Qui plus est, son sens de l’image – comme dans " A single man " - force l’admiration : il magnifie ses acteurs avec un talent rare. Drame introspectif sur le destin d’une femme, " Nocturnal Animals " est un magnifique voyage émotionnel, un film d’auteur avec un grand A.

La mécanique de l’ombre

François Cluzet incarne Mr Duval, un brave comptable qui, victime d’un burn-out, se retrouve au chômage et sombre dans l’alcoolisme. Bien décidé à remonter la pente, il cherche à retrouver du travail et reçoit le coup de fil d’un mystérieux Mr Clément, qui travaille "au service de l’Etat français", et qui lui propose un travail confidentiel et bien rémunéré : retranscrire des cassettes audio (!) d’écoutes téléphoniques. Duval accepte sans poser de questions, mais réalise assez rapidement qu’il est un des instruments d’une machination politique de grande ampleur…

Ce premier long-métrage d’un autodidacte, Thomas Kruithof, est une excellente surprise : cohérent, bien écrit, doté d’un excellent casting (Cluzet, Denis Podalydès, Sami Bouajila…), "La mécanique de l’ombre" jouit en outre d’une réalisation efficace et épurée. Détail amusant pour les spectateurs belges : Kruithof filme Bruxelles (où s’est déroulé l’essentiel du tournage) dans des lieux étonnants, choisis pour leur géométrie froide qui isole encore plus le personnage principal.

Dalida

Ici, pas besoin de résumé de l’histoire : tout le monde se souvient de la chanteuse Dalida, riche, adulée et malheureuse en amour. Ce biopic, mis en image (on n’ose pas utiliser les mots "mis en scène") par Lisa Azuelos, est coproduit par le frère de Dalida, Orlando. On se retrouve donc devant une "biographie autorisée" sans le moindre point de vue : c’est un défilé de clichés éculés, rythmé par les plus grands tubes de l’idole. La mannequin italienne Sveva Alviti fait tout son petit possible, mais les chansons en playback avec la vraie voix de Dalida ne trompent personne. "Dalida" n’est pas un film, c’est un grand karaoké promotionnel pour vendre le double-album "Best of de D "… Orlando sera content, mais il est bien le seul.

The birth of a nation

Nate Parker, acteur afro-américain, scénarise, réalise et joue le rôle principal d’un projet qui lui tient à cœur : "Naissance d’une nation", l’histoire vraie d’un esclave noir, Nat Turner, qui devient pasteur et qui sera instrumentalisé par les planteurs blancs pour servir d’interlocuteur auprès de leurs esclaves…

Sujet intéressant, mais que Parker, emporté par une ardeur militante, filme avec une emphase et une solennité qui alourdissent considérablement ce long-métrage : toutes ses intentions sont lourdement surlignées… Après le triomphe de "Twelve years a slave", "The birth of a nation" ne tient, hélas, pas la comparaison.

Home

La réalisatrice flamande Fien Troch, très célébrée au nord du pays, dresse un portrait d’un groupe d’adolescents dans "Home". Avec des passages très touchants : le destin de l’un d’entre eux, prisonnier de l’amour étouffant de sa mère dépressive, est très fort… Mais il est un peu noyé dans d’autres scènes nettement plus anecdotiques. Et "Home" fait irrémédiablement penser au travail de Gus Van Sant et de Larry Clark, grands portraitistes de la jeunesse, sans atteindre leur ampleur et leur poésie.