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Les contrats du commerçant : une analyse économique décapante d'Elfriede Jelinek.

CHRONIQUE SCENE | dimanche 22 juillet 2012 à 17h28

  • Nicolas Stemann et ses comédiens du Thalia Theater, ont bien du talent et le texte de Jelinek est désopilant de méchanceté brutale contre le système monétaire actuel.

    Dommage que trop de gags souvent faciles allongent inutilement la sauce. Une des bonnes surprises, au total; de l’édition 2012. Le spectacle démarre en trombe avec une introduction humoristique en français d’un comédien qui s’excuse de l’absence de décors, envolés par le mistral, de la longueur excessive de la pièce (un boulier compteur permettra de suivre le nombre de pages déjà lues). Il se poursuit avec le texte intégral de Jelinek, une énorme longue phrase répétitive sur la misère économique et le système absurde de l’argent qui ne produit que du vide engendré par du vide sur du vide, du "rien". Joué d’abord par deux petits vieux délicieux, privés de pension et dont des huissiers viennent enlever le dernier canapé, poursuivi par un "chœur" d’acteurs qui ponctuent le texte d’une verve drolatique : pendant une bonne heure et quart de Jelinek pur jus on jouit de ce texte féroce et tellement juste écrit en 2008 avant la chute "finale"( ?) de l’Europe et de l’euro. Tout est dans cet "œuf" génial de Dame Jelinek. Puis les comédiens accumulent les gags, certains excellents, musicaux ou visuels, caricaturant l’euro et l’Europe, d’autres moyens, certains nuls mais voulus tels : un des comédiens, avec humour s’adresse à ses camarades : Attention ici on joue comme en Off or on est en In ! A la fin on revient au texte de Jelinek avec une lecture brouillonne de Vincent Macaigne -"héros" de la version 2011 du festival, avec un Hamlet trash- Il fait semblant de s’inviter sur scène et lit le texte péniblement, repris finalement par le chœur initial. Je n’ai rien contre les gags et l’autodérision, surtout quand on a subi la veille la Mouette prétentieuse de Nauzyciel en Cour d’Honneur. Mais ici ils diluent inutilement et surtout trop longuement la splendide et implacable démonstration comique de l’économie actuelle d’Elfriede Jelinek. Question de proportions, donc plus que de contenu ou de mise en scène. La troupe est dynamique, drôle, rigoureuse quand elle veut. Pourquoi en remettre alors qu’avec une heure de moins elle emballait à fond la totalité du public ravi, qui s’est progressivement fait la malle ? On a simplement envie de leur dire : 1) le texte de Jelinek "seul" tient parfaitement la route en moins de deux heures 2) quelques blagues de potache allègent la pâte et la rendent plus digeste 3) trop de désinvolture et d’à peu près tuent la fin du spectacle, qui ne tient la route que par des comédiens exceptionnels. Malgré ses défauts, ce spectacle est un des plus toniques vus à Avignon cette année. A inviter d’urgence à De Singel ou au KVS, par exemple ! (avec quelques coupures?) NB Sur le thème économique, je recommande au théâtre des Doms une mise en scène impeccable de Françoise Bloch, Une société de services, décrivant avec une minutie implacable le système Belgacom. Le tout en une heure et quart : une épure drôle, méchante, précise, du fonctionnement de notre monde.

    Les contrats du commerçant d’E. Jelinek, à Avignon jusqu’au 26 juillet.

    Christian Jade

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