Conte d’Amour de Markus Öhrn : l’ovni à scandale.
Au départ, un fait divers, l’arrestation d’un respectable père de famille autrichien, Joseph Fritzl, qui a séquestré pendant 24 ans sa fille et leurs sept enfants incestueux A partir de là on pouvait reconstituer avec un réalisme écœurant, une téléréalité voyeuriste. La (bonne) surprise c’est que cette matière délicate, la transgression de l’inceste, est traitée avec une folle énergie, une bonne dose de dérision, et des moyens techniques simples et efficaces: une caméra fixe et une caméra mobile, maniée par les acteurs eux-mêmes, permettent et le mouvement de l’image et le gros plan et la distanciation. On assiste d’abord à la construction d’un bunker/prison : gros plan sur une bétonneuse et des briques manipulées par une main invisible. Le Père, sur un canapé, plonge dans la cave (visible seulement par les caméras) pour nourrir ses "oisillons" avec un hamburger interminablement filmé. Le "pouvoir patriarcal" viendra et de la distribution de produits de consommation courante et de jeux presque puérils, dérisoires avec ses enfants, avec un phénomène d’étrangeté supplémentaire : les deux enfants et la mère sont joués par des hommes, ce qui ajoute une dimension homosexuelle à ce "patriarcat" inattendu. Autre transformation du Père en… médecin sans frontière, qui transforme ses enfants en petits africains de la " horde primitive" ! Ainsi décrit cela paraît un peu gros et forcé et ce spectacle, plus proche du Kunstenfestival des Arts belge que des sages Français cartésiens, a fait fuir nombre de spectateurs. Ils ne supportaient pas ces outrances, cette réflexion paradoxale sur l’amour extrême, ses limites morales et le traitement de choc visuel. Ici l’art du vidéaste, Markus Öhrn, l’engagement de ses comédiens et la qualité de la musique d’Andreas Catjar font de cet ovni, la griffe d’Avignon 2012.




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