Tintin au pays des Soviets – Hommage ou Blasphème?

Tintin au pays des Soviets
2 images
Tintin au pays des Soviets - © Casterman / Moulinsart - 2017

Evénement pour tous les Tintinophiles, demain paraîtra - enfin en couleurs - la nouvelle édition du mythique Tintin chez les Soviets, un album fondateur de la BD moderne, introuvable dans son édition originale de 1929 et dont les rares ventes ont atteint des sommes dignes des artistes "classiques".  Au-delà de l’album lui-même et de son scénario burlesque et - disons-le - maladroitement manichéen dans son anticommunisme primaire, la guerre fait rage entre les gardiens du temple, certains hurlant à l’hérésie d’autres y trouvant un réel intérêt.  Alors qu’en est-il au final?

Un scénario politisé

Soyons clairs, ce scénario d’un jeune auteur de 21 ans n’évite pas les maladresses et les raccourcis : les Soviets sont des affreux, tout le système ne tient que sur le mensonge et la menace.  Les scènes de la visite d’usine et du vote populaire en sont de belles illustrations.  Certes!  Mais, replaçons-nous dans le contexte de 1929, Hergé est encore jeune comme on l’a dit et son mentor et éditeur n’est autre que l’abbé Wallez, un farouche opposant au communisme, pas étonnant dès lors que le scénario soit un peu dirigé.  Sachant cela, on s’étonne moins des réticences passées de Casterman de republier un album aussi ouvertement politique. Ajoutons-y le travail forcené d’Hergé, pris par ses nouveaux albums et le succès de son personnage et on peut imaginer que la colorisation du titre n’ait pas été la priorité des priorités.  Quand il ressort en 1973 dans un fort volume intitulé "Archives Hergé" accompagné des histoires au Congo et en Amérique, il est toujours en noir et blanc…

On pourrait d’ailleurs reprocher à l’édition grand public de manquer de mise en perspective pour ce contexte politique, une note explicative aurait été la bienvenue.  Une explication présente par contre dans la version luxe de la présente édition.

Colorisation = trahison ou réussite?

Qu’apporte la couleur?  Qu’on apprécie ou non la démarche de colorisation, l’objectivité impose de dire que l’album y gagne nettement en lisibilité.  Là où la lecture des 140 planches des éditions N/B relevait parfois du pensum, l’album colorisé devient plus accessible, particulièrement aux plus jeunes, probablement plus sensibles au comique burlesque de l’aventure.  Les textes ressortent bien mieux, tout comme Milou bien sûr, invariablement blanc.

On objectera qu’on trahit Hergé et qu’il ne viendrait à personne l’idée de coloriser le Guernica de Picasso, c’est - peut-être - vrai, Hergé étant favorable à une réédition mais n’évoquant pas clairement de colorisation au vu de la somme de travail que cela aurait représenté (ce qui ne veut pas dire qu’il était opposé à l’idée), mais après tout, rien n’oblige à lire l’album en couleur…

 

TITRE : Tintin chez les Soviets

AUTEUR : Hergé

EDITEUR : Casterman / Moulinsart

GENRE : Redécouverte

 

Denis MARC