Duane Hanson, de chair et de résine

Duane Hanson, Sculptures of the American Dream au Musée d'Ixelles jusqu'au 25 mai 2014
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Duane Hanson, Sculptures of the American Dream au Musée d'Ixelles jusqu'au 25 mai 2014 - © RTBF - Stéphanie Etienne - 2014

Le dimanche était particulièrement ensoleillé et Ixelles ressemblait plus que jamais, à un village. Flagey était en plein marché et tout semblait si bucolique aux alentours de son musée. L’affiche de l’exposition Duane Hanson au Musée d’Ixelles ne montrait que cet homme en surpoids, affalé sur sa tondeuse. Un Américain moyen, anonyme. En réalité, le Musée accueille 25 exemplaires de ce genre.

Et c’est évidemment troublant. Disposés en situation " réelle " dans la salle d’exposition et sur la scène. Ils sont là, vraiment là et si peu là.

Le cow-boy est appuyé au mur, les pouces enfoncés dans son jean, le regard perdu au sol. Comme pour la plupart d’entre eux.

La mère ou gardienne d’enfant, a les yeux clos derrière ses lunettes, agrippée à sa poussette.

Les enfants jouent au Puissance 4, le dos un peu voûté et on imagine l’après-midi qui traîne, le jeu en second choix, à défaut de mieux.

Duane Hanson, sculpteur américain, analysait son art "comme quelque chose de conceptuel puisque politique. J’ai du mal à m’exprimer avec les mots alors je le fais avec mon travail." Il déclarait également ne pas copier la vie. "Je dresse un bilan des valeurs humaines."

En plein milieu des années 60 alors que ses contemporains - Jackson Pollock, Mark Rothko ou Willem de Kooning - s’adonnent à l’expressionnisme abstrait, Duane Hanson choisit la représentation hyper réaliste. Faire voir en dur, ces êtres à peine regardés dans leur chair. Dénoncer, ne pas se résigner. Le racisme, la maltraitance, l’errance, la pauvreté, l’avortement… Ces sculptures sont tout cela, dignement.

Le respect total d’échelle – à la différence des sculptures de Ron Mueck dont j’ai parlé dans une précédente chronique – est confrontant mais on sent l’empathie de l’artiste pour ses modèles.

La galerie au premier étage, nous montre les nombreux polaroïds pris pour choisir la bonne pose, celle qui les racontera au mieux. Des photos du fastidieux travail de moulage des corps. La sculpture se construisant à la base du remplissage des moules d’un mélange de résine et de fibre de verre. Sa technique est impressionnante de minutie, riche de détails, ajoutant de la présence à chacun de ses personnages

Ce making of donne la mesure à l’implication de l’artiste. Il nous montre aussi, comment son imitation des apparences est avant tout une critique de la société. Derrière chaque sculpture, c’est la société bien pensante qui est montrée du doigt plus que les êtres qu’elle représente. Au travers de ce que nous éprouvons à les regarder, malaise, pitié, tendresse, amusement, c’est nous-mêmes que nous jugeons plus qu’eux.

Duane Hanson réussit à dénoncer sans appesantir, jouant de notre fascination exercée par ces autres "nous". Et l’exposition montée au Musée d’Ixelles, est indéniablement intense.

 

Stéphanie Etienne

En pratique

À voir jusqu'au 25 mai au Musée d'Ixelles - 71, rue Jean Van Volsem - 1050 Bruxelles

 

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