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Seuls : Tome 7 : Les terres basses

CHRONIQUE BD | lundi 13 août 2012 à 22h18

  • Une saga onirique et fantastique qui ne perd rien de son intérêt, et qui n’arrête pas de nous emmener dans les territoires de l’ailleurs.

    Une métropole, Fortville, se retrouve vide de tous ses habitants. Seuls cinq enfants se retrouvent obligés de survivre, dans un environnement qui, d’heure en heure, de jour en jour, répond de moins en moins à ce qu’ils en ont connu avant.

    Avant ?

    Avant de se retrouver dans ce monde étrange, un monde qui, ils finissent par le comprendre, n’accueille que ceux qui sont morts… Un univers, où ils se doivent de se battre, faire front, se désigner des guides au gré des aventures vécues, des aventures toutes plus improbables les unes que les autres. Improbables, angoissantes, brutales.

    Au fil des albums, d’autres survivants, d’autres enfants, les rejoignent, parfois au prix de véritables combats, de luttes pour le pouvoir, à l’instar de ce que faisaient les adultes, leurs parents, tous disparus.

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    Dans ce septième opus, Les quelque 80 enfants survivants, partagés en deux clans rivaux,  se perdent dans la zone rouge de la cité, une zone qui s’enfonce lentement dans le sol. Un sol qui se couvre de brume, une brume dans laquelle bruissent des créatures qui ne peuvent que provoquer la terreur, tout autant que le retour d’enfants enlevés dans les volumes précédents, et qui apparaissent, zombies aux yeux rouges, avec comme seul but d’entraîner avec eux leurs anciens compagnons.

    Comment fuir ce néant qui, doucement, pernicieusement, envahit tout et menace ce qui est encore, pour ces enfants perdus, un peu d’existence et de conscience ?

    Plusieurs ambitions habitent cette série. La première est de s’adresser à un public jeune. Et d’offrir aux lecteurs pré-adolescents ou adolescents des personnages variés au travers desquels ils peuvent se retrouver, se reconnaître. La deuxième ambition de " Seuls " est de s’éloigner des habitudes de la bande dessinée pour jeune public, en y intégrant des peurs, des terreurs même, qui sont aussi celles de l’enfance : la peur de la mort, la peur de l’ailleurs, la peur de la différence… Une peur  qui ne peut se combattre qu’en s’attaquant à l’indifférence ! La troisième est de réussir à dépasser la simple relation des aventures vécues pour les ancrer dans une réalité onirique, certes, mais d’un onirisme qui refuse toute sagesse bien-pensante. Il y a de la violence, dans " Seuls ", de l’ambition, de l’horreur, de la crainte, de la lâcheté. La quatrième ambition est de ne pas faire vivre des enfants qui ne seraient que des adultes en miniature. Et même si les sentiments qui les animent, qui les font survivre, ressemblent à ce qu’ils ont vu et observé chez leurs aînés, avant leur arrive dans ces limbes cruelles et violentes, ces sentiments, les protagonistes de la série les vivent avec la seule force de leur âge, avec un mélange sans cesse de réalisme et d’évasion dans le rêve : ils sont et restent des enfants éperdus d’eux-mêmes…

    Et la réussite est complète ! Les auteurs, Vehlmann au scénario et Gazzotti au dessin, dès le départ de la série, sont parvenus à leurs fins, à nous diriger dans un environnement où, enfants ou adultes lecteurs, nous reconnaissons sans cesse nos propres angoisses.

    On pourrait dire qu’il y a plusieurs niveaux de lecture possibles, dans cette saga. C’est sans doute vrai, chacun y trouvant ce qu’il peut apporter, avec le poids de son âge, quel que soit cet âge. Et c’est sans doute le première qualité, la première force de " Seuls " : de ne décevoir personne, et de continuer, album après album, à nous étonner, à nous surprendre, à nous donner l’envie de découvrir le plus vite possible la suite de l’histoire.

    Un livre destiné (aussi) au jeune public, et qui parle de la mort. Ce n’est pas chose fréquente, tant s’en faut !

    Le scénario de Vehlmann est d’une construction parfaite, inspirée parfois par la littérature, par des auteurs comme King. Et le dessin de Gazzotti, dans la droite filiation de l’école de Charleroi, possède une force d’imagination qui complète les propos du scénariste.

    Une série à lire, donc, et qui reste ancrée dans la mémoire, avec une impatience réelle de découvrir ce que nos deux auteurs nous préparent encore pour les volumes suivants.

     

    Jacques Schraûwen

    Seuls : 7. Les terres basses (scénario : Vehlmann – dessin : Gazzotti – éditeur : Dupuis)

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