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" Barbe bleue " est le 73ème roman d'Amélie Nothomb

RENCONTRES LITTERAIRES | vendredi 21 septembre 2012 à 15h32

  • Amélie est en train d’écrire son 75ème livre et 54 d’entre eux ne sortiront sans doute jamais de son tiroir. "Barbe bleue" est le 73ème de ce tiroir magique. "Je publie toujours un roman de l’année. Rien ne m’y force, j’aurais le droit d’aller chercher dans ce que j’appelle mes vieilleries, mais j’ai plus de plaisir à publier un livre que j’ai écrit récemment."

    Rencontre avec Amélie Nothomb

     

    On retrouve ce rapport de force entre deux personnages  dans plusieurs de vos livres.  Pourquoi cette fascination pour la tension entre les êtres ?

     

     

    Beaucoup de mes livres sont écrits entièrement en dialogues, et de fait ce sont des dialogues musclés. De véritables affrontements, qui correspondent à l’un de mes courants d’inspiration. Dans ma tête je pense toujours par dialogues et par dialogues extrêmement agressifs. Comme s’il y avait une tension permanente en moi, entre deux pôles. Et quand je l’incarne en créant des personnages très contrastés, il m’est naturel de les faire se parler  de façon agressive.

     

    Ce sont des rapports de force en effet, ça correspond pas mal à ce que je vois dans la vie depuis 45 ans, et je constate que même dans les rapports supposés amoureux, c’est quand même fou ce qu’on se bagarre !

     

    Vous avez le sentiment dans votre vie personnelle de contenir cette tension-là ?

    Je la contiens, et en cela je pense que je suis simplement comme tout le monde. Du fait que je la théâtralise énormément dans ce que j’écris, dans les rapports que j’entretiens  avec mes proches, je suis plutôt pacifiée. Je fais tellement de stratégie militaire dans ce que j’écris, que cela préserve la paix de mon ménage, si je peux m’exprimer ainsi.

     

    Vous avez façonné un personnage masculin en quête d’excellence chromatique, qui va aller à l’extrême pour toucher l’absolu ?

    Oui et c’est quelque chose que je comprends très bien. C’est ce qui m’anime et ce qui anime presque tout le monde ; du moins je l’espère. On ne vit pas seulement pour exister et exercer ses besoins physiques, même si c’est très important. Ce qui nous maintient en vie c’est une quête de l’absolu. Dans le cas de ce personnage c’est une quête de l’absolu chromatique. Quand j’avais dix-huit ans je trouvais que les couleurs étaient le mode d’expression privilégié de la métaphysique. La métaphysique étant une de mes obsessions. Et j’avais analysé cela seule dans le noir, parce que je me souvenais que la meilleure façon d’examiner les couleurs c’est dans le noir. Donc j’ai passé en revue les couleurs dans le noir et j’en étais arrivée à la conclusion, que la couleur la plus métaphysique c’était le jaune. Pourtant à la base la jaune n’était pas du tout une couleur que j’aimais. Et faisant exister ces couleurs dans ma tête, dans le noir, il m’est apparu que le jaune provoquait vraiment une obsession théologique. Ensuite je me suis renseignée sur les couleurs et j’ai vu qu’il y avait une concordance pour trouver que le jaune était la couleur de Dieu. D’abord dans pas mal de religions, mais aussi dans la littérature :  Proust parle du petit pan de mur jaune dans la tableau de Vermeer. Dans la peinture : avec les sonorités jaunes de Kandinsky. Donc mon Barbe bleue finalement c’est le jaune qui l’obsède.

     

    La jeune fille qui se retrouve en face de Barbe bleue, forte, et pleine d’audace, elle vous fascine ?

    Ah oui. Je voulais en face de Barbe bleue une femme à sa mesure. Parce que dans le conte de Perrault quand même, Barbe bleue ne tombe que sur des cruches. Ce n’est pas très intéressant. Et bien voilà, Saturnine c’est un peu une transposition de moi il y a vingt ans, débarquant en France, n’en revenant pas de trouver un poste prestigieux à Paris, et se confrontant à la dure réalité parisienne, à savoir devant trouver un logement. Pendant mes cinq premières années à Paris, je n’avais pas de logement, il m’a fallu cinq ans de droits d’auteurs pour pouvoir m’acheter un appartement. Donc ça a été ma période dite héroïque. Je me suis retrouvée dans des collocations impossibles, ou à squatter avec des gens incroyables… Donc je comprends très bien Saturnine, qui lorsqu’elle trouve cette chambre magnifique dans le 7ème arrondissement, même si elle voit qu'il y a un problème, elle décide de rester.

     

    Saturnine va rester et mener un combat pour dominer ce personnage qui semble sans failles ?

    D’emblée elle sait que les huit locataires précédentes qui étaient des femmes, ont toutes disparus dans des circonstances mystérieuses. Son hôte lui dit d‘entrée de jeu qu’elle peut faire tout ce qu’elle veut dans son hôtel particulier, sauf entrer dans la chambre noire, qui par ailleurs n’est pas fermée à clé. Elle voit tout de suite où il veut en venir et elle décide que son secret ne l’intéresse pas. Lui remarque que cette jeune femme est différente, il en tombe amoureux, mais il est à la fois fasciné et ulcéré. Et il y a une vraie ambiguïté entre eux.

     

    Vous avez décidé que Saturnine devait être séduisante pour les lectrices ?

    C’est un peu un modèle que je propose. C’est une jeune femme qui ne fait pas du tout la chochotte. Qui ne joue pas la carte de la fragilité parce que ça, qu’est-ce que c’est irritant.

    Non je pense que les femmes sont plus fortes que les hommes, sont courageuses, et que c’est très séduisant aussi de jouer cette carte-là.

     

    Vous êtes une lectrice assidue, vous-même ? Vous avez un livre de chevet ?

    Je suis écrivain parce que je suis avant tout lectrice. Alors un livre de chevet non, mais 250 oui. Mon chevet est toujours encombré et il y a des livres dont je ne peux absolument pas me passer. La bible, c’est le premier livre que j’ai lu, et indépendamment de tout mysticisme, quel sacré bouquin. " Le portrait de Dorian Gray " que je relis chaque année, " les jeunes filles " de Montherlant,  que j’ai relu plus de cent fois, " La Chartreuse de Parme " ou " Eloge de l’ombre " de Tanizaki qui est un livre formidable.

     

    Un livre à épingler dans cette rentrée littéraire ?

    Un livre dont on parle trop peu je trouve, c’est " L’assassin à la pomme verte " de Christophe Carlier chez Serge Safran.

     

    Musicalement, quelque chose vous a particulièrement touchée ?

    Le nouvel album de Infected Mushroom, qui est un groupe israélien dont je raffole . Et sur cet album il y a une chanson magnifique qui s’appelle " the messenger ".

     

    On ne peut pas se quitter lorsque l’on vous connaît, sans parler Arts Plastiques ?

    Oui et on a été gâté à Paris, puisque vient de se terminer au Louvre, l’exposition Wim Delvoye qui était sublimissime. Je suis tellement fière d’appartenir au même pays que Wim Delvoye.

     

    Christine Pinchart

    "Barbe bleue" chez Albin Michel

     

     

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