Du polar, actuel, sombre et dur, pour une nouvelle collection qui ne peut que plaire aux amateurs du genre.

L’agence Interpol est une organisation qui coordonne les services de police de 190 pays. Le rôle de ses membres est donc d’enquêter à travers le monde, en collaboration étroite avec les équipes de policiers locales.

 

A partir de cette réalité de terrain, les éditions Dupuis ont décidé de laisser les mains libres à différents dessinateurs et scénaristes, chaque couple se penchant, à sa manière, sur un pays bien particulier. Pas d’histoires à suivre, donc, qui finissent par lasser tant il est vrai qu’il devient parfois extrêmement ardu de se retrouver dans des personnages récurrents qui, d’album en album, vivent des tas de péripéties.

 

L’idée est sans aucun doute bonne.

Et le résultat, à la lecture des deux premiers albums parus, me semble prometteur.

Le maître de l'ordre

Le maître de l'ordre - dupuis

La première enquête, " Le Maître de l’Ordre ", scénarisée par Sylvain Runberg et dessinée par Peter Bergting, emmène le lecteur de France en Suède. Un homme et ses deux enfants disparaissent. Adepte d’une secte ressemblant très fort à " l’ordre du temple solaire ", de mauvaise mémoire, c’est en Suède, sur une île perdue loin de tout, qu’il va rejoindre le gourou de la secte et les autres adeptes. Et cela en vue d’une renaissance !...

Et c’est une course contre la montre qui commence, dans ce qui semble être la chronique d’un suicide collectif annoncé.

Le scénario mêle habilement la vie de la secte et celle des enquêteurs, un Français et ses collègues suédois. Le dessin, au découpage classique, joue sur les ambiances plus que sur les personnages. L’ensemble forme un bon polar, rythmé sans l’être trop, et qui se laisse lire avec plaisir.

La muerte

La muerte - dupuis

La deuxième enquête, " La Muerte " est d’une facture très différente, tant au niveau du scénario, dû à Philippe Thirault qu’à celui du graphisme de Lionel Marty. A Mexico, une enquêtrice d’Interpol fait équipe avec un privé pour découvrir un tueur en série qui abandonne le corps de ses victimes féminines décapitées aux quatre coins de Mexico. L’histoire est glauque, n’épargnant aucun détail sur ce qu’est la vie dans cette métropole où la corruption règne en maîtresse absolue, où les narcotrafiquants font la loi, où les cadavres et la violence se multiplient au quotidien en une sarabande d’horreur et de désespérance.

Le scénario est traité de manière incisive, nerveuse, prenante, sombre. Le dessin, qui n’a rien de classique, même si son découpage permet une lecture assez linéaire de l’intrigue, accompagne à la perfection ce scénario, s’enfouissant, avec un certain sens de l’expressionnisme, dans des ambiances de pénombre et de d’horreur.

Ce sont donc deux albums complètement dissemblables, par leur style et leur contenu, qui inaugurent cette nouvelle collection de Dupuis. Et qui augurent d’une ligne éditoriale qui, plus que probablement, réussira à jouer, justement, sur la différence, sur les manières parfois opposées de concevoir un genre, le polar, qui permet de mêler actualité, imagination et analyses plus fondamentales de ce qu’est la société, notre société.

 

Jacques Schraûwen

 

Le Maître de l’Ordre (scénario : Runberg – dessin Bergting – éditeur : Dupuis)

La Muerte (scénario : Thirault – dessin : Marty – éditeur : Dupuis)