Connaissez-vous le point commun entre Dee Dee Ramone, Paul Préboist, Tiger Woods et Benoît XVI ? Ce sont des chats. Je veux dire, ce sont des chats dans l’astrologie vietnamienne. Ils sont nés l’année du chat. Ils auraient pu être dragons ou chèvre, mais non, ils sont chats. L’année du chat, comme les autres, se reproduit tous les 12 ans. 1975 était une année du chat. Un an avant la sortie de Year of the Cat, d’Al Stewart.
Al Stewart, est-il pour autant l’équivalent anglais de Françoise Hardy, jamais la dernière pour vous mitonner votre thème astral ? Pas du tout. D’après ses dires lors d’un show à la télévision américaine, il n’y connait absolument rien à l’astrologie, mais il y avait, dans la maison où il se trouvait ce jour-là, un livre ouvert au chapitre “L’année du chat”, et , allez savoir pourquoi, il a pensé au film Casablanca, avec l’inoubliable duo Bogart – Bergman. Et il en a fait une histoire d’amour nord-africaine contemporaine. Réaction de la présentatrice de l’émission : “Euh, je n’y comprends absolument rien, mais une chose est sûre, c’est l’un des plus grands succès des années 70.” Léger blanc sur le plateau.
Pourtant, c’était loin d’être gagné, parce que Stewart , qui avait déjà sa mélodie en tête depuis près de10 ans, avait écrit un premier texte après avoir vu le comédien anglais Tony Hancock sur scène en 1966. Cet acteur, qui avait été une star, était complètement déprimé. Il expliquait au public qu’il ne voulait pas être là, qu’il en avait ras-le bol de sa vie, qu’il était un loser, et tant qu’à faire, autant en terminer là tout de suite. Pensant que cela faisait partie du show, le public s’est roulé par terre de rire. Deux ans plus tard, Hancock se suicidait à la vodka et aux amphétamines. La chanson de Stewart s’appelait Foot of the Stage, mais il n’en était pas satisfait. Trop déprimant. Presque 10 ans plus tard, il exhume ce texte, le réécrit et lui colle cette mélodie fraîche comme un vent de printemps qui lui tournait en tête depuis si longtemps.
C’est comme ça que l’on se retrouve dans un pays exotique (where they turn back time, où le temps s’est arrêté). La chanson est écrite à la deuxième personne, c’est une expérience que l’auditeur est censé vivre. Tu déambules dans une foule et soudain, cette fille apparaît. Elle te prend la main et vous vous perdez dans les rues. Vous arrivez à une porte secrète. Là, elle te dit que ces derniers jours, elle sent sa vie couler couler comme une rivière, pendant l’année du chat. Tu la regardes et vous passez la porte. Le lendemain, elle est toujours à tes côtés, mais les touristes sont repartis, tu as perdu ton billet; tu vas être obligé de rester plus longtemps que prévu.
Bon d’accord, tout cela ressemble, une fois de plus, à un e expérience , à un voyage initié plutôt par des substances illicites, mais allez, un petit effort, ne voyons pas le mal partout et faison confiance à Al Stewart. A ce ryhtme-là, même La Bonne du Curé peut décrire un trip sous acide. Même s’il faut bien le reconnaître, le lien avec l’année du chat ne saute pas aux yeux.
Pour information, les gens nés sous l’année du chat sont discrets, sensibles et doux. Comme ceux que je vous ai cités au début. Ou comme Pinochet et Staline.

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