En 1968, les Rolling Stones changent de statut, ils deviennent un groupe satanique ! La faute à… Marianne Faithful, la compagne de Mick Jagger, à qui elle offre un livre, Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov. Non Mick, Boulgakov n’est pas une marque de vodka, c’est l’auteur d’un classique de la littérature russe du XXème siècle. Dans les toutes premières pages du livre, on trouve cette phrase, que je vous livre dans la version anglaise : 'Excuse me, please, … if, not being your acquaintance, I allow myself...' Un homme se présente à deux personnes qui discutent. Cet homme est le Diable. Traduite en langage rock and roll, cela donnera le célèbre «Please allow me to introduce myself », les premiers mots du légendaire Sympathy For The Devil.
Le livre est une allégorie sur le bien et le mal, la chanson sera le récit de quelques grands exploits commis par le Diable sur Terre. Il a volé à beaucoup d'hommes leur âme et leur foi « stolen many a man's soul and faith ». Il n’était pas loin de Jésus au moment où il doutait et souffrait « I was around Jesus Christ had his moment of doubt and pain » tout en s’assurant que Ponce Pilate s’en lavait les mains et de fait, scellait le sort de Jésus « Made damn sure that Pilate washed his hands and sealed his fate » Le deuxième chapitre du livre de Boulgakov est justement consacré à Jésus et à Ponce Pilate.
La suite est une succession non chronologique de quelques atrocités qu’il a commises ici bas… En Russie, où il se targue d’avoir anéanti le Tsar et sa famille parce que l’époque était au changement « it was time for a change ». La 2ème guerre mondiale, en plein Blitzkrieg. Il se réjouit ensuite d’une guerre qui a duré plus de 100 ans à cause de différends religieux, puis retour au 20ème siècle sur les Kennedy. A ce sujet, dans la version enregistrée le 4 juin 68, il était question DE Kennedy. Deux jours plus tard, c’est au tour de Bobby, le frère de John, de tomber sous les balles. « Who shot Kennedy » est donc devenu « Who shot the Kennedys » lors du réenregistrement le 8 juin. Et qui a tué les Kennedy ? « After all, it was you and me. »
Enfin, Lucifer termine sur une mise en garde révélatrice « If you meet me, have some courtesy, have some sympathy, and some taste; use all your well-learned politesse, or I'll lay your soul to waste. » (Si vous me croisez, soyez courtois, ayez de la sympathie et du goût; faites montre de votre politesse, ou je jetterai votre âme au rebut)
Une question se pose. Si l’on considère que croire au Diable revient à croire en Dieu, Jagger est-il un homme religieux ? Ca, ça se saurait. Dans ce portrait concentré d’un monde déchiré par les guerres, les religions, les assassinats , parle-t-il donc vraiment du diable ? Et si ce diable n’était qu’une allégorie, la personnification de notre part d’ombre ? Jagger dit : « Just as every cop is a criminal, And all the sinners saints », oui nous avons tous deux côtés, un clair, un obscur. L’homme est capable du bien comme des pires atrocités. Et c’est probablement pour cela que l’on peut éprouver de la sympathie pour le Diable, puisqu’il réside quelque part dans chacun de nous…
