On ne remerciera jamais assez Margaret Thatcher pour l’ensemble de sa contribution à la grande histoire du rock and roll. De 1979 à 1990, onze ans de pouvoir quasi absolu et une extraordinaire unanimité… contre elle de la plupart des artistes anglais. En catalysant à elle seule tout le malheur social, elle a été une grande source d’inspiration pour The Clash, The Jam, The Specials, Morrissey… et Elvis Costello.
Nous sommes en 1982. Clive Langer, producteur entre autres de Madness et de Teardrop Explodes, propose une mélodie à Robert Wyatt, ancien batteur et chanteur de Soft Machine. Une mélodie proche de la version du célèbre Strange Fruit, immortalisé par Billie Holiday, que Wyatt avait enregistré auparavant. Mais Langer n’est pas totalement satisfait des paroles écrites par Wyatt. Il va alors trouver Elvis Costello. Qui se met aussitôt au travail. Et quelques jours plus tard, il couche sur papier le splendide Shipbuilding, d’après Costello lui-même, parmi les plus belles paroles qu’il ait écrites.
Début 80, le virage ultralibéral amorcé au frein à main par la Dame de fer plonge l’Angleterre dans une situation quasi insurrectionnelle. Les tensions raciales sont très palpables et le chômage est dramatiquement haut. Dans ce cas-là, rien ne vaut une bonne guerre pour relancer la machine. On ira se battre de l’autre côté du monde pour un petit caillou anglais situé en face de l’Argentine, les Malouines.
La chanson débute sur ces mots : Is it worth it ? Est-ce que ça en vaut la peine ? Est-ce que ça vaut la peine de rouvrir les chantiers navals pour pouvoir offrir un nouveau manteau d’hiver et des chaussures àsa femme et un vélo au môme ? Surtout que ce seront les enfants de ces ouvriers qui monteront sur ces bateaux pour finalement se jeter à l’eau pour sauver leur peau alors qu’ils pourraient se jeter à l’eau simplement pour pêcher des perles. Oui, la phrase clé de Shipbuilding est bien celle-ci : diving for dear life when we could be diving for pearls. Quelques années plus tard, Costello revient lui-même sur cette phrase lors d’une interview : " On pourrait faire quelque chose de magnifique, en tout cas mieux que celle-là. J’ai écrit ces paroles avant l’histoire du Belgrano – un bateau argentin abattu dans des circonstances controversées. Je suis allé voir le monument, j’ai lu tous les noms. Tous ces gens qui sont morts. Quoi que l’on puisse penser de la guerre, rien que ce seul crime enverra Thatcher brûler en enfer. "
La chanson est d’abord enregistrée par Wyatt en 1982 et obtient un honorable succès un an plus tard avec une belle 36ème place dans les charts anglais. Mais LA version de référence reste celle enregistrée en 83 par Costello himself pour l’abum Punch The Clock, produite par… Clive Langer, à l’origine de la chanson. Une version totalement sublimée par la trompette poignante de Chet Baker. Et une démonstration magistrale que poésie et guerre peuvent, pour une fois, faire bon ménage.

Derniers commentaires
de Merlautre Il semblerait que ce ne sont pas les bonnes paroles que vous propagez là!! :)
31-07-2012 13:30 |
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