En 1977, les Commodores, qui sont dans la place depuis bientôt 10 ans, connaissent leur plus gros succès international avec une ballade toute simple. Vous vous souvenez tous de Easy, et de sa petite phrase " I’m easy like a Sunday morning. " Personnellement, je n’ai jamais compris comment on pouvait trouver un dimanche matin " facile ", ou " cool " pour traduire dans le goût du temps. Mes dimanches matin ont toujours été compliqués, " uneasy ", pour un tas de raisons. C’était l’annif du Fred le samedi soir, on est restés debout jusqu’à pas d’heure, enfin, debout…, jusqu’au dimanche petit matin (qui est déjà un Sunday mroning)… Puis direction un lit ou un canapé d’où on se réveillait le dimanche après-midi (qui n’était donc plus un dimanche matin), ce qui n’était d’ailleurs pas facile non plus vu l’énorme képi qui nous avait poussé sur la tête entretemps. Et si par hasard on était debout, ben tout était fermé et y avait la messe à la télé. Alors franchement, qu’est-ce qu’on peut trouver de facile à un dimanche matin ? Demandez à Lou Reed, qui a écrit Sunday Morning, comment il se sentait le dimanche matin... Bref, c’est un peu tout cela qui m’a poussé à me pencher surcette chanson.
Easy, c’est tout simplement l’histoire d’un homme qui décide de rompre pour retrouver sa vie. Sans ambage, il déclare de front à sa copine " Ca va te sembler bizarre, mais j’en peux plus, je te quitte demain - pourquoi pas tout de suite ? -, j’ai fait tout ce que j’ai pu, j’ai supplié, j’ai volé… C’est pour ça que je me sens bien, facile comme un dimanche matin… Pourquoi tout le monde veut-il m’enchaîner ? … Pourquoi veulent-ils que je devienne ce qu’ils veulent ? Moi je veux planer, I wanna be high, j’ai juste envie d’être libre de savoir que ce que je fais est bien… " Le type a tout essayé, la fille aussi d’ailleurs, elle qui a voulu le modeler à sa façon. Il est donc arrivé à la seule solution possible : mettre les voiles pour pouvoir respirer seul à nouveau. Il est soulagé. Voilà la philosophie de la chanson résumée in texto, une chanson de rupture et non une chanson d’amour comme elle a souvent été comprise.
La question qui reste en suspens est : en écrivant la chanson, Lionel Richie pensait-il à quelqu’un en particulier ? Et la réponse est : pas du tout ! Cette chanson lui a été inspirée par… une réunion des plus pénibles au sein de Motown avec les autres membres du groupe, leur manager Benny Ashburn et le big boss Berry Gordy. Pendant la réunion, Richie prend des notes dans son petit carnet, des notes qui disent notamment ceci : " J’aimerais que le succès soit aussi facile qu’un dimanche matin ", " Pourquoi le succès doit-il m’enchaîner ? " et " Le succès doit-il t’obliger à devenir ce que les gens veulent que tu sois ? " Ce n’est qu’en se relisant plus tard qu’il a transformé cette réunion de groupe en face à face avec sa copine.
Mais personnellement, j’aurais plutôt choisi " facile " comme un samedi soir, comme un match à 11 contre 8 ou comme une jeune délurée de 18 ans en mini-jupe et décolleté plein de promesses qui siffle des caiprinhas en faisant de l’œil aux grands bruns… Lionel Richie a vraiment de drôles d’idées. Un an plus tard, il ira même jusqu’à écrire la chanson " Three times a lady ", alors qu’on sait très bien qu’on ne peut raisonnablement changer qu’une seule fois de sexe.

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