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Pink Floyd - (18) - Richard Wright en solo

01 juillet 2009, 16:00 | Aymeric Leroy et Jean-François Pénichoux (Big Bang Mag)
Richard Wright
Si Rick Wright fut, au lendemain de la défection de Syd Barrett, celui dont on pensait que viendrait la relève en termes de créativité et de leadership, force est de constater que sa contribution à Pink Floyd allait en fait, d'année en année, se révéler de moins en moins conséquente.

Jusqu'à son renvoi par Waters, certes humiliant et indéfendable dans la forme, mais difficilement contestable quant à la réelle nécessité de sa présence à ce stade. Les problèmes personnels du claviériste n'étaient que l'arbre cachant la forêt d'un dilettantisme de plus en plus affiché, sa motivation vis-à-vis de la musique paraissant de moins en moins évidente.

On se souvient pourtant d'un temps, dans les premières années du groupe, où Wright ne manquait pas d'ambition, voire parfois de prétention, revendiquant le rôle de premier plan de Pink Floyd dans la culture de son temps. «Sysyphus», sa contribution pompeuse et absconse à Ummagumma, fut heureusement la dernière incursion dans cette voie d'un musicien dont le talent, et parfois le réel génie, s'est toujours situé à l'exact opposé de cette attitude : du côté de l'économie de moyens, donc de l'essence même de la musique. C'est ce Rick Wright là que l'on préfère, celui des nappes de claviers impalpables et des atmosphères hypnotiques, celui-là même qui nous revint après une bien trop longue absence dans les plages instrumentales du dernier opus en date du Floyd, The Division Bell.

 

Lors de la sortie en 1978 de son premier album solo, Wet Dreams, collection de chansonnettes ternes et d'instrumentaux bien en-deçà de son talent réel, Wright affirma avoir hésité un moment entre cette formule 'sans prétention' et un album de 'virtuosité purement jazz'. Il n'y a pourtant rien, dans l'œuvre enregistrée du claviériste, qui puisse laisser entrevoir en lui un instrumentiste plus qu'honnête, ou un compositeur apte à gérer la complexité de la musique classique ou la haute technicité du jazz-fusion. Comme Mason, avec certes un supplément de grâce, Wright dispose d'un registre limité, hors duquel il sombre rapidement dans des voies balisées (à moins de considérer que ses solos de piano dans «Pow R Toc H» ou «San Tropez» relèvent du jazz, alors qu'ils ne font qu'en pasticher certains clichés).

Tracklisting Wet Dream

Wet Dream (détail)
  1. Mediterranean C
  2. Against The Odds (Richard & Juliette Wright)
  3. Cat Cruise
  4. Summer Elegy
  5. Waves
  6. Holiday
  7. Mad Yannis Dance
  8. Drop In From the Top
  9. Pink's Song
  10. Funky Deux

Agaçant quand il transige avec la ligne de conduite qui a engendré ses prestations les plus mémorables (la sobriété en est le maître-mot), Wright fut en revanche au cœur de la magie du grand Pink Floyd. Sa prestation sur The Piper At The Gates Of Dawn, marquée par le son unique de l'orgue Farfisa, fit beaucoup pour imposer les claviers comme ingrédient essentiel du 'trip' psychédélique, ancêtre du progressif. Les années suivantes le virent poursuivre cette démarche, centrée sur les claviers en tant que vecteur de rêve sonore, s'enrichissant au fur et à mesure de l'apport des avancées technologiques, et restant longtemps à la pointe des progrès en la matière.

 

On rappellera par exemple que les nappes de claviers de «Shine On You Crazy Diamond», dont n'importe qui peut aujourd'hui obtenir une imitation correcte sur le moindre orgue électronique bas de gamme, relevaient en 1975 de l'exploit. En effet, les synthétiseurs étant encore monophoniques (c'est-à-dire ne pouvant jouer qu'une note à la fois), les nappes restaient l'apanage du Mellotron, et pour obtenir l'effet voulu, Wright dut superposer, note après note, une multitude de pistes différentes. Beaucoup de travail en amont pour un résultat qui paraît couler de source : voilà Rick Wright dans ce qu'il a de meilleur.

Tracklisting Broken China

Broken China
  1. Breaking Water (Wright/Anthony Moore)
  2. Night of a Thousand Furry Toys (Wright/Moore)
  3. Hidden Fear (Wright/Gerry Gordon)
  4. Runaway (Moore)
  5. Unfair Ground (Wright)
  6. Satellite (Wright)
  7. Woman of Custom (Moore)
  8. Interlude (Wright)
  9. Black Cloud (Wright)
  10. Far from the Harbour Wall (Wright/Moore)
  11. Drowning (Wright)
  12. Reaching for the Rail (Wright/Moore)
  13. Blue Room in Venice (Wright/Gordon)
  14. Sweet July (Wright)
  15. Along the Shoreline (Wright/Moore)
  16. Breakthrough (Wright/Moore)

Dans la foulée de sa 'résurrection' dans The Division Bell (dont il signait et chantait même un titre pour la première fois depuis près de vingt ans), Wright sembla poursuivre sur sa lancée en publiant, à peine la tournée mondiale de Pink Floyd terminée, un second album solo, Broken China (on préférera passer sous silence sa collaboration en 1985 avec Dave Harris, du groupe Fashion, sous le nom de Zee, un ratage complet), écrit en collaboration avec Anthony Moore pour les textes. Un disque fort réussi, tout en demi-teintes, interprété par une pléiade de pointures (Manu Katché, Pino Palladino... et même David Gilmour, non crédité, pour le solo de guitare de «Breakthrough»), et magnifiquement servi au chant, sur deux titres, par Sinead O'Connor.

Tracklisting Identity

Identity
  1. Confusion
  2. Voices
  3. Private Person
  4. Strange Rhythm
  5. Cuts Like A Diamond
  6. By Touching
  7. How Do You Do It
  8. Seems We Were Dreaming
  9. Eyes Of A Gypsy

Hélas, Rick Wright a oublié depuis ces bonnes résolutions, et depuis cinq ans, c'est à nouveau le silence radio. Un article publié par le magazine anglais Mojo à l'occasion de la publication du live Is There Anybody Out There ? nous le montrait remarié, installé aux États-Unis, et ayant eu enfin le courage de se confronter à Roger Waters, dont la tournée américaine faisait escale à quelques kilomètres de chez lui. Apparemment, les retrouvailles furent courtoises, mais pas vraiment chaleureuses...

 

Richard Wright est mort le 15 septembre 2008, après une dernière tournée aux côtés de David Gilmour. On peut trouver sur Internet de nombreux hommages au claviériste de Pink Floyd, dont celui-ci.

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