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Pink Floyd - (6) - Atom Heart Mother

01 juillet 2009, 15:52 | Aymeric Leroy et Jean-François Pénichoux (Big Bang Mag)
RTBF
En ce début d'année 1970, le Pink Floyd est un groupe presque arrivé. Les musiciens ont désormais les moyens de leurs ambitions et sont à même d'offrir, sur scène comme sur vinyle, les idées les plus étranges qui germent dans leurs esprits. Mais il leur manque encore cet énorme succès que chacun sent à leur portée, en particulier leur maison de disques qui les pousse à sans cesse aller de l'avant.

Cette reconnaissance, Pink Floyd sent qu'elle ne pourra venir que d'une œuvre assez ambitieuse et novatrice pour marquer les esprits. C'est ainsi que, dans la foulée des séances de Zabriskie Point, le groupe s'attèle à l'écriture d'une longue composition épique qu'il va présenter le 18 janvier 1970 lors d'un concert au Fairfield Hall de Croydon (banlieue de Londres) sous le titre de «The Amazing Pudding». Quelques jours plus tard, Pink Floyd se produit pour deux soirs au Théâtre des Champs-Elysées à Paris, concerts qui entérineront rhistoire d'amour durable entre le groupe et la France (concrétisée l'été suivant par des apparitions dans divers festivals), et dont le premier sera diffusé à la radio et fera logiquement l'objet d'une large diffusion pirate. Au programme, outre la nouvelle pièce de résistance, un morceau intitulé provisoirement «The Violent Sequence», première mouture de ce qui deviendra trois ans plus tard «Us And Them».

 

Cet «Amazing Pudding», c'est évidemment «Atom Heart Mother», ce dernier intitulé (inspiré par une coupure de presse) étant suggéré au cours des séances d'enregistrement par Ron Geesin, compositeur contemporain (par ailleurs ami de Mason et collaborateur de Waters sur l'obscur Music From The Body) appelé à la rescousse pour assurer les arrangement de cuivres et de chœurs de l'œuvre. Interrompues par une nouvelle tournée américaine (avril-mai 1970), lesdites séances s'étendront sur près de six mois, l'album étant finalement publié le 10 octobre, nanti de sa fameuse pochette 'à la vache'... Ce sera pour Pink Floyd l'album de la consécration et du 'crossover'; le disque qui le verra débarquer dans tous les foyers et lui faire conquérir toutes les tranches d'âge. Ce sera d'ailleurs le premier numéro un du groupe en Angleterre (contre seulement n°55 aux Etats-Unis), où il écoulera tout de même pas loin de 700.000 galettes, et son premier disque d'or en France.

Revenant quelques années plus tard sur Atom Heart Mother et Meddle, deux albums construits selon la même formule (une pièce unique sur une face, plusieurs morceaux distincts sur l'autre), Roger Waters devait déclarer non sans lucidité : «Ces deux albums sont à moitié réussis. J'aime les morceaux «Atom Heart Mother» et «Echoes», mais les autres faces sont un fouillis indescriptible». C'est malheureusement, dans un cas comme dans l'autre, assez vrai...

 

Non qu'il faille retenir uniquement de ces albums leurs longues fresques, et jeter le reste à la poubelle. On note simplement, dans le choix des morceaux plus courts, un manque de rigueur qui amène des compositions de qualité à cohabiter avec d'autres plus que dispensables. Dans Atom Heart Mother, ce matériau superflu se trouve concentré dans l'instrumental en trois parties baptisé «Alan's Psychedelic Breakfast». On notera au passage que le Alan en question n'est pas, comme on l'a souvent dit, Alan Parsons, qui officie sur l'album comme ingénieur du son, mais un roadie du groupe, Alan Stiles, qui tient d'ailleurs ici son propre rôle...

Principal attrait de cette pièce, musicalement mollassonne et peu inspirée, ses effets sonores, qui préfigurent d'une certaine manière Dark Side Of The Moon. On peut en effet y entendre le fameux Alan se préparer en 'direct-live' un 'breakfasf typiquement anglais avec toasts et marmelade («T'as entendu ? Là, il allume le gaz ! Et là, il fait griller les œufs ! Extra, non ?»). Un titre d'intérêt purement historique, très représentatif de l'esprit de cette époque et en particulier de celui du Floyd qui utilisait en permanence ce genre de procédé sur scène. Musicalement, c'est donc, a peu de choses prés, le degré zéro, si l'on excepte le somptueux final où Wright et Gilmour rivalisent de talent pour faire décoller le lourd vaisseau malgré le martèlement pachydermique de Mason...

 

Le reste de la face B n'est pas inintéressante. On peut y entendre «Summer '68» de Rick Wright, dernière tentative dans la lignée de ses pop-songs psychédéliques des débuts, cette fois alourdie au-delà du raisonnable par des parties de cuivres un tantinet pompières, et où il campe une fois de plus (voir notamment «Paintbox») ce personnage de noctambule un peu décalé, observateur désabusé d'un milieu branché qu'il s'empressera de fuir, fortune faite, pour le calme de son île grecque... David Gilmour confirme son talent naissant de compositeur avec un «Fat Old Sun» charmant quoiqu'un peu paresseux. Et Roger Waters nous gratifie, avec «If», d'une de ses chansons les plus touchantes.

Tracklisting Atom Heart Mother

Side one

  1. Atom Heart Mother (David Gilmour, Nick Mason, Roger Waters, Richard Wright, Ron Geesin)
    • Father's Shout
    • Breast Milky
    • Mother Fore
    • Funky Dung
    • Mind Your Throats Please
    • Remergence

Side two 

  1. If (Waters)
  2. Summer '68 (Wright)
  3. Fat Old Sun (Gilmour)
  4. Alan's Psychedelic Breakfast (Gilmour, Waters, Wright, Mason)
    • Rise and Shine
    • Sunny Side Up
    • Morning Glory

Puis il y a la première face, le fameux «Atom Heart Mother». Il est difficile de considérer ce 'magnum opus' - totalement instrumental - d'un seul bloc, car le bon, voire l'excellent, y côtoie le moins bon, avec au passage quelques fautes de goût notables. L'architecture globale du morceau est assez bien maîtrisée, et les thèmes souvent inspirés (mention spéciale à «Breast Milky», qui débute par un très beau duo orgue/violoncelle, prolongé par un solo de guitare qui voit Gilmour ébaucher le style lyrique qui fera bientôt sa gloire). C'est plutôt, comme pour «Summer '68» du côté des arrangements de cuivres que l'on pourra critiquer une certaine lourdeur. On regrettera aussi quelques digressions quasi bruitistes aujourd hui assez datées. Mais dans son ensemble, l'œuvre demeure impressionnante, et fera par ailleurs beaucoup pour démocratiser auprès du grand public l'idée d'une musique rock ambitieuse. «Atom Heart Mother» sera joué sur scène pendant près de deux ans, et a plusieurs occasions, bénéficiera du renfort d'un orchestre et/ou d'un chœur. Lors de sa venue à Paris pour la Fête de l'Huma en septembre 1970, le groupe se verra renforcé par le Voices Of East Harlem Choir (auteur, selon Gilmour, d'une prestation peu mémorable), et lors de certains concerts de la tournée américaine du même mois par un chœur et une section de cuivres. La set-list de la tournée laisse assez rêveur : «Astronomy Domine», «Fat Old Sun», «Cymbaline», «Atom Heart Mother», «Embryo», «Green Is The Colour» / «Careful With that Axe, Eugene», «Set The Controls...» et «A Saucerful Of Secrets».

 

Fin 1970, on commence à parler d'une collaboration entre Pink Floyd et les ballets Roland Petit, un épisode qui fera couler beaucoup d'encre, parfois fielleuse, par chez nous. Petit voulait absolument travailler avec le groupe, mais n'avait pas de projet artistique précis, hormis une vague idée d'adaptation de l'œuvre de Marcel Proust, A la Recherche du Temps Perdu, ce qui n'excitera pas trop nos amis anglais (peut-être effrayés par la perspective de s'en farcir les sept épais volumes ?). S'ensuivra une réunion épique et bien arrosée (avec, entre autres, Roman Polanski et Rudolph Noureïev), où un Waters médusé se verra proposer nombre de projets aussi divers qu'incongrus (un Frankenstein sera même évoqué). «D'abord Proust, puis Aladin, et puis quoi encore ?!»...

 

Au départ très ambitieux, le projet se verra reporté à plusieurs reprises : initialement programmées pour début juin 1971, les représentations auront finalement lieu à Marseille en novembre 1972, puis au Palais des Sports de Paris en janvier et février 1973, et Pink Floyd n'y jouera rien d'inédit, seulement quelques vieux chevaux de bataille scéniques, et l'interaction avec la troupe de danseurs sera quasi inexistante... Il s'agira néanmoins d'un gros succès public et médiatique.

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