"The Velvet Underground and Nico" 50 ans plus tard

"The Velvet Underground and Nico" 50 ans plus tard
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"The Velvet Underground and Nico" 50 ans plus tard - © Tous droits réservés

"The Velvet Underground and Nico" fête son 50ème anniversaire, retour sur un album marquant de l'histoire du rock ci-dessous et dans We Will Rock You ce mardi 14 mars à partir de 21h avec Laurent Debeuf et Laurent Rieppi.

Un album culte

Album culte par excellence, "The Velvet Underground and Nico" n'a pas connu un grand succès commercial à sa sortie il y a 50 ans mais il a été une source d'inspiration pour de très nombreux artistes par la suite. Pour citer le musicien et producteur Brian Eno: "Le premier album du Velvet Underground ne s'est peut-être vendu qu'à 10.000 exemplaires, mais chaque personne qui l'a acheté a fondé un groupe par la suite." Eno fait ici référence à des formations telles que R.E.M., Pixies, Talking Heads, Sonic Youth, The Strokes et de très nombreuses autres.

Andy Warhol, un mentor

A la fin des années 60, Andy Warhol se lance à la recherche d'un groupe qui pourrait être la bande son d'un de ses nouveaux projets artistiques multimédia: "The Exploding Plastic Inevitable" (EPI). Le concept de ces soirées est de mettre en scène un mélange d’images vidéo projeté sur des musiciens jouant de la musique rock, l'ensemble accompagné de différents effets hypnotiques. Paul Morrissey, un assistant d'Andy Warhol et membre de sa Factory, découvre un peu par hasard un jeune groupe de musicien new-yorkais, proposant un rock très expérimental.

Warhol est rapidement convaincu que ce groupe pourrait faire l'affaire pour ses soirées mais il trouve qu'il manque cependant une image sexy au sein de cette formation. Ce dernier leur impose ainsi une certaine Christa Päffgen, chanteuse, actrice et mannequin allemand mieux connue sous le nom de Nico.

Des compromis...

Cet "ajout" quelque peu forcé au sein du line-up de la formation ne va pas plaire à Lou Reed, chanteur/guitariste et principal compositeur de la formation. Le groupe a l'occasion d'enregistrer un album "produit" par Andy Warhol, Lou Reed va être forcé au compromis. C'est Warhol qui finance et il se doit d'accepter les conditions de ce dernier, Nico doit faire partie du groupe et chanter sur plusieurs titres de l'album. Finalement, elle sera la chanteuse principale de trois titres de l'album "Femme Fatale", "All Tomorrow's Parties" et "I'll Be Your Mirror". Cette relation amour/haine entre Nico et Lou Reed fait partie de la grande histoire de cet album. On leur prêtera à l'époque un aventure amoureuse... 

Andy Warhol : producteur ?

On évoque souvent Andy Warhol comme le "producteur" de cet album. Il est bien entendu qu'on évoque plutôt ici son influence artistique globale ainsi que son apport financier. Warhol n'avait aucune notion "technique" de l'enregistrement en studio et n'avait rien "produit" musicalement auparavant. C'est Tom Wilson - collaborateur de Dylan, Simon & Garfunkel... -  qui s'occupera d'une partie de la production et puis une équipe d'ingénieur du son s'occupera de l'ensemble (Gary Kellgren, Norman Dolph, John Licata).

Lou Reed expliquera bien plus tard, en 1993, que cette absence d'un véritable producteur avec pouvoir de décision permettra au groupe d'avoir une liberté inédite.

Les ingénieurs du son disaient 'Est-ce OK pour vous Monsieur Warhol?' et il répondait 'Ohh, oui, tout à fait' donc ils ne changeaient rien . Et donc, dès les tous débuts, nous avons eu l'occasion d’expérimenter ce que c'était d'être en studio et d'enregistrer les trucs à notre façon, et donc, totalement librement. La maison de disque n'écoutait jamais nos productions avant de les sortir, donc tout est sorti exactement comme nous le souhaitions. Mais la véritable raison de cette liberté était que Andy disait 'Ohhh, c'est génial' à tout ce qu'on faisait

Un parfum sadomasochiste...

Les textes du Velvet Underground sur cet album sont particulièrement sombres, on est tout à fait à contre-courant de la vague "Flower Power" qui déferle alors à San Francisco. Lou Reed dépeint ici un New York sale, dangereux, oppressant comme l'un de ses mentors, le romancier Hubert Selby Jr, le faisait à l'époque dans ses romans. Drogue, délinquance, violence sont au rendez-vous mais Lou Reed évoque aussi sur l'emblématique "Venus in Furs" les relations sadomasochistes.

Le titre est inspiré par le roman du même nom, signé par un certain Leopold von Sacher-Masoch (l'ancêtre d'une certaine ...  Marianne Faithfull).

L'interprétation de "Venus in Furs" était d'ailleurs l'un des grands moments des shows de Warhol "The Exploding Plastic Inevitable", un groupe mimait alors une relation sadomasochiste aux côtés des musiciens.

"Venus in Furs", par son ambiance enivrante, glaciale et quelque peu inquiétante, sera utilisé dans la BO du nombreux films. Parmi ceux-ci citons "The Doors" d'Oliver Stone (dans une scène durant laquelle Jim Morrison rencontre Warhol et Nico à la Factory) ou encore "The Last Days" de Gus Van Sant, long métrage imaginant ce qu'aurait été les derniers jours de la vie de Kurt Cobain.

"Heroin", un 'trip' de 7 minutes

Véritable descente aux enfers nous mettant à la place d'un junkie dépendant à l'héroïne, "Heroin" est l'un des titres-phares de cet album. Lou Reed l'écrit à l'âge de 18 ans alors qu'il est encore étudiant à la Syracuse University de New York. Ce tire va faire couler pas mal d'encre par la suite, lorsque Lou Reed le reprendra notamment dans le cadre de sa carrière solo sur scène. Il n'y a en effet ici pas de prise de position, il est assez neutre, dans le sens où, heureusement, le musicien ne fait pas ici la promotion de l'héroïne mais ne critique pas non plus ouvertement sa consommation et ses effets ravageurs. En 1971, en interview, il s'expliquera en précisant qu'il connait bien évidemment les effets horribles de la prise de cette drogue ainsi que les conséquences de celle-ci sur le junkie. En quelques mots, ils résumera les choses de cette façon:"

Pour moi 'Heroin' c'était surtout une façon d'exorciser l'aspect sombre, auto-destructeur que j'ai en moi, et j'espère que ceux qui l'écoutent l'ont bien compris...

Tracklist complet:

1. Sunday Morning
2. I'm Waiting for the Man
3. Femme Fatale
4. Venus in Furs
5. Run Run Run
6. All Tomorrow's Parties
7. Heroin
8. There She Goes Again
9. I'll Be Your Mirror
10. The Black Angel's Death Song
11. European Son